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PASSAGE À TRÈVES

Le Pitch
ExtraitAriston ausculte Marcus. La lumière lunaire traverse les fenêtres ; une grêle cingle leurs vitres. Le médecin écoute le pouls irrégulier du malade, pendant que l’empereur s’occupe des complications politiques et administratives d’une province légatoire ; il incline la tête, approuvant de lassitude une mesure recommandée. L’affection de son corps paraît le fatiguer moins que l’exercice du pouvoir.Marcus se souvient d’une nuit noire et neigeuse, de torches grésillantes dont la flamme vacillait ; des casques et cuirasses reflétant les lueurs aux capricieux ondoiements, de l’ami Cassius qui l’accueillait chez lui. Et de sa merveilleuse découverte : « Je cherche le sublime. »« J’eus alors le sentiment de toucher au principe, du fait d’une netteté aiguë de mon désir contemplatif ; – son acuité n’est-elle pas toute l’affaire : mon ambition consiste-t-elle à quêter le principe, non à l’atteindre. (L’impatience d’un désir empêche qu’il se réalise.).« J’aimerais que le discours parfait surgisse. Tenant pour plausible qu’il soit l’apothéose d’un apprentissage et l’effet d’un mûrissement, non celui d’un intensif et méticuleux travail. La préparation à laquelle je crois ne saurait être quantifiable en heures de besogne, elle ne peut résulter d’un quelconque effort discernable : elle sera une maturité insciemment acquise, de sorte que le sublime peut advenir dans l’apparence d’une soudaineté inconditionnelle. Sa perfection ne ressemble pas à un léché. Il est fautif, emporté, écrit à peu près l’auteur de la lettre-traité. Je crois qu’il adviendra ainsi qu’une grâce inopinée. Il ne sera jamais la propriété du bon élève docile, la servitude volontaire a la liberté spirituelle en horreur. »,PrésentationAu début de l’an 180 de notre ère, en plein cœur de l’hiver, l’empereur Marc Aurèle vit ses derniers jours. Il a quitté Rome depuis un an et demi pour combattre la révolte d’un peuple germanique, les Marcomans, qui ne veulent plus de la paix romaine. D’autres peuples les ont rejoints : les Quades, les Sarmates. De passage à Trèves, l’empereur philosophe inaugure un nouveau cahier sur la première page duquel il inscrit le nom de la ville : Augusta Treverorum.Jusqu’au bout, en dépit des progrès de la maladie qui le ronge, Marc Aurèle restera fidèle à la vocation qui a dominé sa vie : poursuivre les Pensées pour moi-même. Voici que le destin le confie à un jeune médecin, Ariston, formé à Pergame auprès de Galien, qu’un ami lui a conseillé pour remplacer le praticien peu compétent jusqu’alors chargé de veiller sur sa santé. Or Ariston n’est pas seulement habile dans les soins prodigués au corps, il a pour la vie de l’âme le plus vif intérêt. Sa grande culture, sa tournure d’esprit philosophique, font de lui l’interlocuteur dont avait besoin son illustre patient pour franchir encore une étape dans l’approfondissement de sa pensée.Si l’on connaît par de nombreuses inscriptions officielles la date de la mort de l’empereur (le 17 mars 180, à cinquante-huit ans), le lieu exact de celle-ci reste une énigme pour les historiens. Didier Laroque, nourri de la pensée de Marc Aurèle, saisit la chance qu’offre au romancier cette incertitude pour imaginer les quarante dernières nuits de l’empereur, et esquisser les intuitions qui auraient pu former la trame de son ultime livre inachevé, marqué par une relecture assidue du traité Du sublime. Ce roman met ainsi en scène la double nature de l’empereur en qui l’homme d’État et le philosophe s’affrontent en permanence. Autour de Marc Aurèle voué à la méditation, les hasards de la guerre et les jeux du pouvoir continuent de tisser toute une toile d’intrigues secondaires dans lesquelles se démènent de multiples personnages.Écrit dans une langue somptueuse, Passage à Trèves est le roman de la grandeur et de la misère d’un homme pour qui l’immense puissance impériale ne fut rien en comparaison de son aspiration à composer le « discours parfait » — celui qui, atteignant au sublime, « ferait entrer l’absolu dans le monde ». Un absolu dont notre temps a plus que jamais besoin."Passage à Trèves" est le cinquième roman de Didier Laroque, dont les éditions de la Coopérative ont déjà publié en 2024 "Deux histoires romaines".,Note biographiqueDidier Laroque, né en 1956, est architecte et écrivain. Il a publié de nombreux travaux d'esthétique et d'histoire de l'art. En 2014, il se révèle romancier avec "La mort de Laclos", publié aux éditions Champ Vallon, suivi de deux autres romans chez le même éditeur ("Le dieu Kairos" en 2018 et "Lettres de Ponce Pilate" en 2022) et d'un roman aux éditions du Rocher ("L'oeuvre de Napoléon", 2021). Un ouvrage collectif consacré à cesquatre romans ("Sublime et grandeur : brèves études sur les romans de Didier Laroque"à) a paru aux éditions Manutius en 2024.,CommentairesSi, en cette ère de postlittérature, vous cherchez un souffle authentiquement littéraire, lisez donc Didier Laroque, ne serait-ce que pour éprouver le plaisir d'une langue de forte saveur, exactement mesurée, ayant grand souci du mot juste, et jouant de toutes les formes de la rhétorique. (...) Les "Deux histoires romaines" sont deux récits tout en tension, qui rendent au roman son pouvoir d'interrogation spirituelle, et qui affrontent le divin hors des gouvernes du théologico-politique."RICHARD BLIN, "Le Matricule des Anges", mai 2024. 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ExtraitAriston ausculte Marcus. La lumière lunaire traverse les fenêtres ; une grêle cingle leurs vitres. Le médecin écoute le pouls irrégulier du malade, pendant que l’empereur s’occupe des complications politiques et administratives d’une province légatoire ; il incline la tête, approuvant de lassitude une mesure recommandée. L’affection de son corps paraît le fatiguer moins que l’exercice du pouvoir.Marcus se souvient d’une nuit noire et neigeuse, de torches grésillantes dont la flamme vacillait ; des casques et cuirasses reflétant les lueurs aux capricieux ondoiements, de l’ami Cassius qui l’accueillait chez lui. Et de sa merveilleuse découverte : « Je cherche le sublime. »« J’eus alors le sentiment de toucher au principe, du fait d’une netteté aiguë de mon désir contemplatif ; – son acuité n’est-elle pas toute l’affaire : mon ambition consiste-t-elle à quêter le principe, non à l’atteindre. (L’impatience d’un désir empêche qu’il se réalise.).« J’aimerais que le discours parfait surgisse. Tenant pour plausible qu’il soit l’apothéose d’un apprentissage et l’effet d’un mûrissement, non celui d’un intensif et méticuleux travail. La préparation à laquelle je crois ne saurait être quantifiable en heures de besogne, elle ne peut résulter d’un quelconque effort discernable : elle sera une maturité insciemment acquise, de sorte que le sublime peut advenir dans l’apparence d’une soudaineté inconditionnelle. Sa perfection ne ressemble pas à un léché. Il est fautif, emporté, écrit à peu près l’auteur de la lettre-traité. Je crois qu’il adviendra ainsi qu’une grâce inopinée. Il ne sera jamais la propriété du bon élève docile, la servitude volontaire a la liberté spirituelle en horreur. »,PrésentationAu début de l’an 180 de notre ère, en plein cœur de l’hiver, l’empereur Marc Aurèle vit ses derniers jours. Il a quitté Rome depuis un an et demi pour combattre la révolte d’un peuple germanique, les Marcomans, qui ne veulent plus de la paix romaine. D’autres peuples les ont rejoints : les Quades, les Sarmates. De passage à Trèves, l’empereur philosophe inaugure un nouveau cahier sur la première page duquel il inscrit le nom de la ville : Augusta Treverorum.Jusqu’au bout, en dépit des progrès de la maladie qui le ronge, Marc Aurèle restera fidèle à la vocation qui a dominé sa vie : poursuivre les Pensées pour moi-même. Voici que le destin le confie à un jeune médecin, Ariston, formé à Pergame auprès de Galien, qu’un ami lui a conseillé pour remplacer le praticien peu compétent jusqu’alors chargé de veiller sur sa santé. Or Ariston n’est pas seulement habile dans les soins prodigués au corps, il a pour la vie de l’âme le plus vif intérêt. Sa grande culture, sa tournure d’esprit philosophique, font de lui l’interlocuteur dont avait besoin son illustre patient pour franchir encore une étape dans l’approfondissement de sa pensée.Si l’on connaît par de nombreuses inscriptions officielles la date de la mort de l’empereur (le 17 mars 180, à cinquante-huit ans), le lieu exact de celle-ci reste une énigme pour les historiens. Didier Laroque, nourri de la pensée de Marc Aurèle, saisit la chance qu’offre au romancier cette incertitude pour imaginer les quarante dernières nuits de l’empereur, et esquisser les intuitions qui auraient pu former la trame de son ultime livre inachevé, marqué par une relecture assidue du traité Du sublime. Ce roman met ainsi en scène la double nature de l’empereur en qui l’homme d’État et le philosophe s’affrontent en permanence. Autour de Marc Aurèle voué à la méditation, les hasards de la guerre et les jeux du pouvoir continuent de tisser toute une toile d’intrigues secondaires dans lesquelles se démènent de multiples personnages.Écrit dans une langue somptueuse, Passage à Trèves est le roman de la grandeur et de la misère d’un homme pour qui l’immense puissance impériale ne fut rien en comparaison de son aspiration à composer le « discours parfait » — celui qui, atteignant au sublime, « ferait entrer l’absolu dans le monde ». Un absolu dont notre temps a plus que jamais besoin."Passage à Trèves" est le cinquième roman de Didier Laroque, dont les éditions de la Coopérative ont déjà publié en 2024 "Deux histoires romaines".,Note biographiqueDidier Laroque, né en 1956, est architecte et écrivain. Il a publié de nombreux travaux d'esthétique et d'histoire de l'art. En 2014, il se révèle romancier avec "La mort de Laclos", publié aux éditions Champ Vallon, suivi de deux autres romans chez le même éditeur ("Le dieu Kairos" en 2018 et "Lettres de Ponce Pilate" en 2022) et d'un roman aux éditions du Rocher ("L'oeuvre de Napoléon", 2021). Un ouvrage collectif consacré à cesquatre romans ("Sublime et grandeur : brèves études sur les romans de Didier Laroque"à) a paru aux éditions Manutius en 2024.,CommentairesSi, en cette ère de postlittérature, vous cherchez un souffle authentiquement littéraire, lisez donc Didier Laroque, ne serait-ce que pour éprouver le plaisir d'une langue de forte saveur, exactement mesurée, ayant grand souci du mot juste, et jouant de toutes les formes de la rhétorique. (...) Les "Deux histoires romaines" sont deux récits tout en tension, qui rendent au roman son pouvoir d'interrogation spirituelle, et qui affrontent le divin hors des gouvernes du théologico-politique."RICHARD BLIN, "Le Matricule des Anges", mai 2024. 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Détails du livre

Titre complet
Passage à Trèves: Les dernières nuits de Marc-Aurèle
Editeur
Pages
224
Taille
21 x 15 x 2 cm
Poids
330
ISBN-13
9791095066750

Auteur

Livré entre : 9 octobre - 12 octobre
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