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Présentation de l'éditeur L'idéologie mondialiste voudrait que, tôt ou tard, nul n'échappe à habiter de la même manière, à satisfaire des besoins identiques et à construire des villes similaires. Or, sous réserve d'y prêter quelque attention, les vécus et représentations s'avèrent bien plus complexes. Mieux ils résistent à l'homogénéisation rampante. C'est «un changement d'échelle qui rend, précise Marc Augé, très difficile l'analyse, l'interprétation de l'histoire et même le comportement». Ainsi s'explique le dilemme contemporain : des territoires différentes préfigurent-ils des identités distinctes, et réciproquement des identités distinctes appellent-elles des territoires spécifiques ? Interrogeant le monde ou des contrées imaginaires, dans une approche volontairement interdisciplinaire, architectes, anthropologues, géographes, urbanistes, sociologues et politologues ont réfléchi aux relations entre identités et territoires, en scrutant leurs effets sur l'architecture et l'urbanisme, sur la notion de frontières matérielles et symboliques ou, plus généralement, sur la conception d'un «chez nous» se déclinant à plusieurs échelles sociales et géographiques. Malgré certains constats d'uniformisation, ou d'ethnicisation, ces travaux laissent émerger une intelligence humaine, assez rusée pour fuir les extrêmes et penser le «chez nous» de manière plurielle, flexible et contextuelle. Extrait Idéalement, on pourrait définir le lieu comme la fusion entre les notions de territoire et d'identité. On pourrait lire l'identité de chacun en fonction de sa résidence, des types de relations qui peuvent exister entre les uns et les autres dans un certain espace ou, autrement dit, en fonction de ce que les individus partagent, par exemple une histoire, une religion, éventuellement des monuments. À ce type d'espace, on peut opposer les non-lieux, qu'on définirait comme des espaces où ne se lit pas immédiatement ni une identité, ni des relations, ni des symboles partagés (Augé, 1992). Dans cette perspective, une autoroute, un supermarché ou un aéroport, par exemple, ne sont pas des lieux au même titre qu'un petit village. Si nous mesurons l'espace ainsi que nous venons de le faire - c'est-à-dire en termes de relations sociales et de capacité de symbolisation -, nous sommes pourtant tout de suite obligés de relativiser les choses, car les individus qui fréquentent un même espace n'entretiennent pas forcément la même relation avec celui-ci : ce n'est ainsi pas la même chose de passer dans un aéroport pour prendre un avion et d'y travailler tous les jours en y partageant la vie quotidienne avec ses collègues. Les notions de lieu et de non-lieu s'avèrent donc relatives. En outre, comme le rappelle Ruben Oliven (Cf p. 308), les espaces peuvent changer en fonction des temps et des utilisations qu'on en fait : dans les campagnes françaises, par exemple, les jeunes gens se donnent souvent rendez-vous dans des hypermarchés, qui sont à distance égale de leur villages et qui offrent des lieux de rencontre et de distraction. Si les grandes surfaces deviennent des lieux de rencontre, alors on ne peut pas les définir de façon uniquement négative en termes socio-symboliques. Afficher moinsAfficher plus

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Présentation de l'éditeur L'idéologie mondialiste voudrait que, tôt ou tard, nul n'échappe à habiter de la même manière, à satisfaire des besoins identiques et à construire des villes similaires. Or, sous réserve d'y prêter quelque attention, les vécus et représentations s'avèrent bien plus complexes. Mieux ils résistent à l'homogénéisation rampante. C'est «un changement d'échelle qui rend, précise Marc Augé, très difficile l'analyse, l'interprétation de l'histoire et même le comportement». Ainsi s'explique le dilemme contemporain : des territoires différentes préfigurent-ils des identités distinctes, et réciproquement des identités distinctes appellent-elles des territoires spécifiques ? Interrogeant le monde ou des contrées imaginaires, dans une approche volontairement interdisciplinaire, architectes, anthropologues, géographes, urbanistes, sociologues et politologues ont réfléchi aux relations entre identités et territoires, en scrutant leurs effets sur l'architecture et l'urbanisme, sur la notion de frontières matérielles et symboliques ou, plus généralement, sur la conception d'un «chez nous» se déclinant à plusieurs échelles sociales et géographiques. Malgré certains constats d'uniformisation, ou d'ethnicisation, ces travaux laissent émerger une intelligence humaine, assez rusée pour fuir les extrêmes et penser le «chez nous» de manière plurielle, flexible et contextuelle. Extrait Idéalement, on pourrait définir le lieu comme la fusion entre les notions de territoire et d'identité. On pourrait lire l'identité de chacun en fonction de sa résidence, des types de relations qui peuvent exister entre les uns et les autres dans un certain espace ou, autrement dit, en fonction de ce que les individus partagent, par exemple une histoire, une religion, éventuellement des monuments. À ce type d'espace, on peut opposer les non-lieux, qu'on définirait comme des espaces où ne se lit pas immédiatement ni une identité, ni des relations, ni des symboles partagés (Augé, 1992). Dans cette perspective, une autoroute, un supermarché ou un aéroport, par exemple, ne sont pas des lieux au même titre qu'un petit village. Si nous mesurons l'espace ainsi que nous venons de le faire - c'est-à-dire en termes de relations sociales et de capacité de symbolisation -, nous sommes pourtant tout de suite obligés de relativiser les choses, car les individus qui fréquentent un même espace n'entretiennent pas forcément la même relation avec celui-ci : ce n'est ainsi pas la même chose de passer dans un aéroport pour prendre un avion et d'y travailler tous les jours en y partageant la vie quotidienne avec ses collègues. Les notions de lieu et de non-lieu s'avèrent donc relatives. En outre, comme le rappelle Ruben Oliven (Cf p. 308), les espaces peuvent changer en fonction des temps et des utilisations qu'on en fait : dans les campagnes françaises, par exemple, les jeunes gens se donnent souvent rendez-vous dans des hypermarchés, qui sont à distance égale de leur villages et qui offrent des lieux de rencontre et de distraction. Si les grandes surfaces deviennent des lieux de rencontre, alors on ne peut pas les définir de façon uniquement négative en termes socio-symboliques. Afficher moinsAfficher plus

Détails du livre

Titre complet
Chez nous
Editeur
Format
Broché
Publication
07 juin 2006
Auteur
Augé, Marc
Auteur
Rossi, Cristina
Audience
Adulte - Haut niveau
Pages
320
Taille
20.7 x 15.2 x 2 cm
Poids
0
ISBN-13
9782915456165

Auteur

Livré entre : 26 juillet - 29 juillet
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