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Nègre Marron

3.3

(7)

Audience : Adulte - Grand Public
Le Pitch
Depuis le temps de l'esclavage, le Nègre de la Martinique n'a jamais cessé de « marronner », c'est-à-dire de tenter d'échapper à sa condition, en gagnant les grands bois, les quartiers plébéiens des bourgs ou même les îles avoisinantes. Simon, figure principale de ce livre, fut l'un d'eux. Il connut au XVIIe siècle l'arrivée des premiers esclaves d'Afrique-Guinée, au XVIIIe l'enfer des plantations sucrières, au XIXe la fièvre de l'abolition, au début du XXe celle des grèves marchantes et, à l'aube du XXIe, la cavale des desperados de la fausse modernité. L'Habitation Grand'Case, où régna neuf générations durant la famille béké de Beauharnais, est au centre de ce récit qui se présente comme une fresque, ou plutôt un bas-relief. Tantôt esclave africain ayant fui dès l'arrivée du bateau négrier au port de Saint-Pierre, tantôt esclave créole en rupture de ban, Simon arpente sans trêve les mornes boisés du Carbet, habité par des rêves fous : retourner au Pays d'Avant, assassiner son maître, s'échapper vers une île anglaise ou espagnole, abattre la plantocracie et instaurer le règne de la classe ouvrière, détruire le pays tout entier ! Il incarne la Parole inaudible de celui qui n'a pour tout viatique que sa soif de vivre en toute dignité, par opposition à l'Écrit des maîtres blancs, à leurs registres d'économat, leur Bible, leurs actes paroissiaux, leurs affiches et leurs journaux.Sans développer aucune thèse, Raphaël Confiant sort de son registre narratif habituel pour s'aventurer dans une écriture méditative, presque mélancolique, à l'écoute des mouvements de l'âme du Nègre Marron qui, loin d'être la figure héroïque que d'aucuns se sont efforcés de chanter, fut un être habité par la plus universelle des exigences : celle de la liberté.ExtraitIl y a la pluie-fifine. La pluie qui, goutte après goutte, débouline de l'empennage des fromagers géants pour tomber en billes de lumière sur le feuillage strié d'écaillés du bois-rivière ou glisser-descendre sur l'insolite rectitude de l'acoma - celui qui même foudroyé ne pourrit jamais - avant, final de compte, d'embuer les fougères arborescentes, et tout cela est belleté et solitude. Au début, aucun de ces pieds de bois n'a de nom. Ils vivent dans l'indistinct. Se pressent les uns contre les autres dans une masse de vert aux teintes qui changent selon la position du seul astre que l'on parvient à déceler, celui du grand jour. Ici-là, dans l'antre de la végétation, point d'étoiles ni de lunes. Ni encore d'éclairs ou d'arcs-en-ciel. Seulement des trouées dans la froide bleuité du ciel, toujours parsemé de panaches blancs, sauf les jours d'avant-cyclone, quand le temps semble faire une halte. Ici-là, les hommes n'ont pas de mémoire, alors les lieux se souviennent à leur place. Les roches aussi, gravées d'antiques et indéchiffrables écritures. Et aussi les pieds de bois. Tout cet irréfragable. Il faut habituer chaque parcelle de votre corps à chacune des gouttes de pluie. Chercher en guise de refuge quelque encoignure de rocher ou l'en-bas d'une falaise est pure perte. L'eau s'impose tout-par­tout. Sous vos pieds, endormie parmi les vieilles feuilles qui se détachent en grappes de leurs branches ; sur votre peau à cause du vent qui la charroie comme par jeu ; dans le pagne de cordes que vous avez tressé vitement-pressé autour de vos reins. Tout-partout. Dans le grain de vos yeux, même si vous vous acharnez à les tenir clos, au creux de vos mains, le long de la raie du dos (le plus irritant, oui !), au mitan des orteils qui déjà suintent du pus d'irritantes escarres. Se tenir immobile est épreuve. Il faut avancer, ne jamais cesser d'avancer. Sans mouvements brusques car la bête-longue veille, sourde mais réceptive aux moindres égaillées de lumière, lovée autour de la hampe du balisier dont la fleur, quand elle atteint l'extrême du rouge, est une stupéfaction. C'est là un moment de bonheur. Elle vous impose de l'honorer du regard. Afficher moinsAfficher plus

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Depuis le temps de l'esclavage, le Nègre de la Martinique n'a jamais cessé de « marronner », c'est-à-dire de tenter d'échapper à sa condition, en gagnant les grands bois, les quartiers plébéiens des bourgs ou même les îles avoisinantes. Simon, figure principale de ce livre, fut l'un d'eux. Il connut au XVIIe siècle l'arrivée des premiers esclaves d'Afrique-Guinée, au XVIIIe l'enfer des plantations sucrières, au XIXe la fièvre de l'abolition, au début du XXe celle des grèves marchantes et, à l'aube du XXIe, la cavale des desperados de la fausse modernité. L'Habitation Grand'Case, où régna neuf générations durant la famille béké de Beauharnais, est au centre de ce récit qui se présente comme une fresque, ou plutôt un bas-relief. Tantôt esclave africain ayant fui dès l'arrivée du bateau négrier au port de Saint-Pierre, tantôt esclave créole en rupture de ban, Simon arpente sans trêve les mornes boisés du Carbet, habité par des rêves fous : retourner au Pays d'Avant, assassiner son maître, s'échapper vers une île anglaise ou espagnole, abattre la plantocracie et instaurer le règne de la classe ouvrière, détruire le pays tout entier ! Il incarne la Parole inaudible de celui qui n'a pour tout viatique que sa soif de vivre en toute dignité, par opposition à l'Écrit des maîtres blancs, à leurs registres d'économat, leur Bible, leurs actes paroissiaux, leurs affiches et leurs journaux.Sans développer aucune thèse, Raphaël Confiant sort de son registre narratif habituel pour s'aventurer dans une écriture méditative, presque mélancolique, à l'écoute des mouvements de l'âme du Nègre Marron qui, loin d'être la figure héroïque que d'aucuns se sont efforcés de chanter, fut un être habité par la plus universelle des exigences : celle de la liberté.ExtraitIl y a la pluie-fifine. La pluie qui, goutte après goutte, débouline de l'empennage des fromagers géants pour tomber en billes de lumière sur le feuillage strié d'écaillés du bois-rivière ou glisser-descendre sur l'insolite rectitude de l'acoma - celui qui même foudroyé ne pourrit jamais - avant, final de compte, d'embuer les fougères arborescentes, et tout cela est belleté et solitude. Au début, aucun de ces pieds de bois n'a de nom. Ils vivent dans l'indistinct. Se pressent les uns contre les autres dans une masse de vert aux teintes qui changent selon la position du seul astre que l'on parvient à déceler, celui du grand jour. Ici-là, dans l'antre de la végétation, point d'étoiles ni de lunes. Ni encore d'éclairs ou d'arcs-en-ciel. Seulement des trouées dans la froide bleuité du ciel, toujours parsemé de panaches blancs, sauf les jours d'avant-cyclone, quand le temps semble faire une halte. Ici-là, les hommes n'ont pas de mémoire, alors les lieux se souviennent à leur place. Les roches aussi, gravées d'antiques et indéchiffrables écritures. Et aussi les pieds de bois. Tout cet irréfragable. Il faut habituer chaque parcelle de votre corps à chacune des gouttes de pluie. Chercher en guise de refuge quelque encoignure de rocher ou l'en-bas d'une falaise est pure perte. L'eau s'impose tout-par­tout. Sous vos pieds, endormie parmi les vieilles feuilles qui se détachent en grappes de leurs branches ; sur votre peau à cause du vent qui la charroie comme par jeu ; dans le pagne de cordes que vous avez tressé vitement-pressé autour de vos reins. Tout-partout. Dans le grain de vos yeux, même si vous vous acharnez à les tenir clos, au creux de vos mains, le long de la raie du dos (le plus irritant, oui !), au mitan des orteils qui déjà suintent du pus d'irritantes escarres. Se tenir immobile est épreuve. Il faut avancer, ne jamais cesser d'avancer. Sans mouvements brusques car la bête-longue veille, sourde mais réceptive aux moindres égaillées de lumière, lovée autour de la hampe du balisier dont la fleur, quand elle atteint l'extrême du rouge, est une stupéfaction. C'est là un moment de bonheur. Elle vous impose de l'honorer du regard. Afficher moinsAfficher plus

Détails du livre

Titre complet
Nègre Marron
Editeur
Format
Grand Format
Publication
13 septembre 2006
Audience
Adulte - Grand Public
Pages
210
Taille
10 x 10 x 2 cm
Poids
100
ISBN-13
9782909240718

Auteur

Livré entre : 15 juin - 18 juin
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