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Traduire la cohérence

Audience : Adulte - Haut niveau
Le Pitch
Extrait Extrait de la présentation de Maryvonne BOISSEAU Car ce qu'il y a d'abord à penser, c'est que le langage fait (quelque chose) en même temps qu'il dit. Et il peut faire autre chose que ce que disent les mots qu'on dit, faire ce que les mots - qu'on identifie au langage -ne disent pas et justement ne pourront jamais dire. Parce qu'il n'y a pas que le sens dans le langage. Mais il peut aussi s'ajouter de la force au sens, ce que le sens en lui-même n'est pas. Tout lecteur et, a fortiori, tout lecteur-traducteur a une perception intuitive de la cohérence d'un texte, ou de sa dyscohérence, et, à première vue, la question de sa traduction peut paraître saugrenue. D'un point de vue linguistique, la notion de cohérence et celle de cohésion à laquelle elle est associée depuis les travaux fondateurs dans ce domaine de M. A. K. Halliday et Ruqaiya Hasan ont fait l'objet de nombreuses études qui balisent la recherche actuelle en «grammaire du texte» et, plus largement, inspirent la réflexion sur le texte dans sa relation au discours. Sans que l'on puisse en donner une définition métalinguistique aux contours précis, la cohérence apparaît d'une part comme le résultat d'un jugement fondé sur la reconnaissance des marques de cohésion du discours et, d'autre part, comme une stratégie qui vise à en relier, hiérarchiser et homogénéiser les éléments, pour le rendre signifiant, l'un et l'autre aspects renvoyant, au fond, à l'acception courante du terme. Michel Charolles souligne cette difficulté à s'écarter du sens commun lorsqu'on parle de cohérence mais aussi son lien évident avec la perception d'une signification : Il n'est pas sûr que l'on puisse définir précisément en quoi consiste la cohérence, ni non plus qu'il faille chercher à le faire. La plupart des «définitions» qui ont pu être proposées à ce sujet ne font jamais qu'exploiter des formules du sens commun voulant, par exemple, que les discours soient «suivis», qu'ils «ne sautent pas du coq à l'âne», qu'ils «avancent» de façon consistante, qu'ils développent un thème, etc. [...] Une fois admis en effet que la cohérence est un trait constitutif des discours (c'est-à-dire du fait même qu'il y ait discours), parler de cohérence à propos d'une suite d'énoncés revient à dire que cette suite acquiert une signification en tant que telle, et l'idée de signification n'est ni plus ni moins définissable à cette échelle qu'elle ne l'est à celle des autres unités de structuration du langage. Dans cet esprit, la distinction établie à la suite de Halliday et Hasan entre cohérence et cohésion ne serait qu'un outil commode facilitant le repérage et l'analyse des liens internes au texte. Les travaux de Michel Charolles, sans nier cette distinction, remettent cependant en cause sa pertinence et le «partage précis des deux territoires» précisément parce que ce qui est d'abord une présomption de cohérence concerne essentiellement le discours, au-delà du texte, ou plus exactement, l'activité discursive, celle du texte, et celle générée par le texte dont on dira que la traduction est l'une des modalités. Et c'est bien pour cette raison-là que, fondamentalement, la question de la traduction de la cohérence surgit car l'activité de traduction, le traduire, relève de renonciation et donc d'une dynamique de transformation qui peut déplacer le centre de gravité d'un texte original par la mise en oeuvre d'autres forces de cohésion. Biographie de l'auteur Maryvonne BOISSEAU est professeur de linguistique et de traduction à l'Université de Strasbourg. Elle traduit aussi la poésie/Elle est membre de l'équipe " Fonctionnements discursifs ", composante de l'UR Linguistique, Langue, Parole (EA 1339 LiLPa). Ses recherches portent sur la construction du sens et articulent trois disciplines : la linguistique, la traduction et la poésie. Elle est notamment spécialiste du poète-traducteur irlandais Derek Mahon. Frédérique BRISSET, agrégée d'anglais, enseigne à l'Université d'Orléans. Elle réd Afficher moinsAfficher plus

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Extrait Extrait de la présentation de Maryvonne BOISSEAU Car ce qu'il y a d'abord à penser, c'est que le langage fait (quelque chose) en même temps qu'il dit. Et il peut faire autre chose que ce que disent les mots qu'on dit, faire ce que les mots - qu'on identifie au langage -ne disent pas et justement ne pourront jamais dire. Parce qu'il n'y a pas que le sens dans le langage. Mais il peut aussi s'ajouter de la force au sens, ce que le sens en lui-même n'est pas. Tout lecteur et, a fortiori, tout lecteur-traducteur a une perception intuitive de la cohérence d'un texte, ou de sa dyscohérence, et, à première vue, la question de sa traduction peut paraître saugrenue. D'un point de vue linguistique, la notion de cohérence et celle de cohésion à laquelle elle est associée depuis les travaux fondateurs dans ce domaine de M. A. K. Halliday et Ruqaiya Hasan ont fait l'objet de nombreuses études qui balisent la recherche actuelle en «grammaire du texte» et, plus largement, inspirent la réflexion sur le texte dans sa relation au discours. Sans que l'on puisse en donner une définition métalinguistique aux contours précis, la cohérence apparaît d'une part comme le résultat d'un jugement fondé sur la reconnaissance des marques de cohésion du discours et, d'autre part, comme une stratégie qui vise à en relier, hiérarchiser et homogénéiser les éléments, pour le rendre signifiant, l'un et l'autre aspects renvoyant, au fond, à l'acception courante du terme. Michel Charolles souligne cette difficulté à s'écarter du sens commun lorsqu'on parle de cohérence mais aussi son lien évident avec la perception d'une signification : Il n'est pas sûr que l'on puisse définir précisément en quoi consiste la cohérence, ni non plus qu'il faille chercher à le faire. La plupart des «définitions» qui ont pu être proposées à ce sujet ne font jamais qu'exploiter des formules du sens commun voulant, par exemple, que les discours soient «suivis», qu'ils «ne sautent pas du coq à l'âne», qu'ils «avancent» de façon consistante, qu'ils développent un thème, etc. [...] Une fois admis en effet que la cohérence est un trait constitutif des discours (c'est-à-dire du fait même qu'il y ait discours), parler de cohérence à propos d'une suite d'énoncés revient à dire que cette suite acquiert une signification en tant que telle, et l'idée de signification n'est ni plus ni moins définissable à cette échelle qu'elle ne l'est à celle des autres unités de structuration du langage. Dans cet esprit, la distinction établie à la suite de Halliday et Hasan entre cohérence et cohésion ne serait qu'un outil commode facilitant le repérage et l'analyse des liens internes au texte. Les travaux de Michel Charolles, sans nier cette distinction, remettent cependant en cause sa pertinence et le «partage précis des deux territoires» précisément parce que ce qui est d'abord une présomption de cohérence concerne essentiellement le discours, au-delà du texte, ou plus exactement, l'activité discursive, celle du texte, et celle générée par le texte dont on dira que la traduction est l'une des modalités. Et c'est bien pour cette raison-là que, fondamentalement, la question de la traduction de la cohérence surgit car l'activité de traduction, le traduire, relève de renonciation et donc d'une dynamique de transformation qui peut déplacer le centre de gravité d'un texte original par la mise en oeuvre d'autres forces de cohésion. Biographie de l'auteur Maryvonne BOISSEAU est professeur de linguistique et de traduction à l'Université de Strasbourg. Elle traduit aussi la poésie/Elle est membre de l'équipe " Fonctionnements discursifs ", composante de l'UR Linguistique, Langue, Parole (EA 1339 LiLPa). Ses recherches portent sur la construction du sens et articulent trois disciplines : la linguistique, la traduction et la poésie. Elle est notamment spécialiste du poète-traducteur irlandais Derek Mahon. Frédérique BRISSET, agrégée d'anglais, enseigne à l'Université d'Orléans. Elle réd Afficher moinsAfficher plus

Détails du livre

Titre complet
TRADUIRE LA COHERENCE
Editeur
Format
Broché
Publication
03 novembre 2010
Audience
Adulte - Haut niveau
Pages
176
Taille
24.4 x 16 x 1.2 cm
Poids
291
ISBN-13
9782878545067

Auteur

Livré entre : 25 juillet - 28 juillet
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