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Vivre en délirant

Audience : Adulte - Haut niveau
Le Pitch
PrésentationInterne à Ville-Évrard, j’eus l’occasion de vivre une expérience aussi tragique qu’éclairante. L’une de mes malades devait y mourir, comme beaucoup d’autres, d’une tuberculose évolutive liée à la dénutrition. Elle vivait jusque-là en permanence sous camisole, les infirmières et le chef de service m’ayant rapporté que, libérée de tous liens, elle se jetait sur les autres malades ou sur le personnel pour leur déchirer le visage. J’avais tenté à plusieurs reprises d’entrer en contact avec elle, mais n’en avais jamais reçu que des regards fulgurants angoissés et un galimatias explosif où les syllabes même n’étaient plus guère décelable. Elle mourut un soir alors que j’assistais aux conférences de Henri Hey. A mon retour dans le service, les infirmières me racontèrent que durant la demi-heure qui précéda sa mort, elle avait parlé normalement, allant jusqu’à s’excuser même des ennuis qu’elle leur avait causés pendant tant d’années. C’est ce jour-là où j’ai véritablement compris à quel point l’enfermement des malades mentaux, fonctionnant comme un exil, n’aboutissait pas seulement, en période decrise du moins, à un véritable assassinat par la faim, mais encore que la structure de ces établissements, devenus hôpitaux en 1937, étaient aliénante et source de leur déchéance. L’évolution démentielle d’une part, et peut-être aussi la chronicité de certains délires, pouvaient résulter d’une adaptation parfois trop complète des malades à l’institution. Afficher moinsAfficher plus

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Le Pitch

PrésentationInterne à Ville-Évrard, j’eus l’occasion de vivre une expérience aussi tragique qu’éclairante. L’une de mes malades devait y mourir, comme beaucoup d’autres, d’une tuberculose évolutive liée à la dénutrition. Elle vivait jusque-là en permanence sous camisole, les infirmières et le chef de service m’ayant rapporté que, libérée de tous liens, elle se jetait sur les autres malades ou sur le personnel pour leur déchirer le visage. J’avais tenté à plusieurs reprises d’entrer en contact avec elle, mais n’en avais jamais reçu que des regards fulgurants angoissés et un galimatias explosif où les syllabes même n’étaient plus guère décelable. Elle mourut un soir alors que j’assistais aux conférences de Henri Hey. A mon retour dans le service, les infirmières me racontèrent que durant la demi-heure qui précéda sa mort, elle avait parlé normalement, allant jusqu’à s’excuser même des ennuis qu’elle leur avait causés pendant tant d’années. C’est ce jour-là où j’ai véritablement compris à quel point l’enfermement des malades mentaux, fonctionnant comme un exil, n’aboutissait pas seulement, en période decrise du moins, à un véritable assassinat par la faim, mais encore que la structure de ces établissements, devenus hôpitaux en 1937, étaient aliénante et source de leur déchéance. L’évolution démentielle d’une part, et peut-être aussi la chronicité de certains délires, pouvaient résulter d’une adaptation parfois trop complète des malades à l’institution. Afficher moinsAfficher plus

Détails du livre

Titre complet
Vivre en délirant
Auteur
Format
Broché
Publication
15 septembre 1998
Auteur
Latour, Bruno
Audience
Adulte - Haut niveau
Pages
332
Taille
25 x 16 x 2 cm
Poids
560
ISBN-13
9782843240553
Livré entre : 8 juillet - 11 juillet
Disponible chez le fournisseur
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