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La stèle maudite

2.4

(20)

Audience : Adulte - Grand Public
Le Pitch
La stèle mauditeExtraitCe matin, je songe à la forme que prend une vie humaine, à ses ciselures, ses pigments, ses textures. À la manière dont, pour finir, elle se concentre pour projeter un fantôme dans l'esprit de quelqu'un d'autre, comme une traînée de fumée aperçue pardessus l'épaule. L'image d'Alan Henry est plus puissante qu'un souvenir, et aujourd'hui encore je le vois déboulant ce soir-là dans notre appartement comme un rhinocéros déchaîné. Celle de Mick Wheelhouse est beaucoup moins nette, indistincte sur les bords, comme un papyrus fragile. Je sais que, si je me souviens d'eux ainsi, c'est en raison du rôle que j'ai joué dans leur mort. C'était à Londres, fin octobre 1997. Il me restait une semaine, aux termes du contrat avec le British Muséum, pour résoudre l'énigme de la stèle de Paser. Ma fille, que j'avais abandonnée quand elle était très jeune et n'avais pas revue depuis trois ans, devait arriver dans quelques jours. Alan Henry avait insisté pour que nous fassions la connaissance d'un de ses nouveaux amis. Je comptais passer une soirée tranquille sur la causeuse fatiguée du séjour, à lire l'ouvrage de Gardiner sur les Hymnes de Sobek de la XIIe dynastie, mais Alan n'entendait pas se laisser importuner par les passives préoccupations de l'égyptologie. Il était vêtu d'un T-shirt blanc, d'un gilet de pêche vert, chaussé de bottes qu'on aurait cru empruntées à un cirque : immenses et d'un bleu sombre et luisant. Mick, mon compagnon de chambrée, était en caleçon, occupé à cuire des saucisses sur notre réchaud électrique. Il cracha dans l'évier, passa les doigts dans sa maigre chevelure nouée en catogan, puis lança un effrayant chapelet de jurons en arabe à l'adresse d'Alan et de sa famille. Mais il passa un pantalon, tandis que je tentais de retrouver mon portefeuille dans une pile de linge sale. Mick Wheelhouse était mon collègue au British Muséum : un égyptologue et traducteur typiquement britannique. D'ordinaire, il nous suivait chaque fois qu'Alan nous entraînait, geignant et tripotant ses amulettes votives. Tous deux n'étaient que des gamins d'un peu plus de vingt ans. J'en avais alors quarante-six et j'étais en plein milieu de ma carrière d'égyptologue spécialisé dans la traduction et la cryptographie. Le plafond de notre minuscule appartement étant très incliné, Alan Henry devait souvent baisser la tête. C'était un homme gigantesque de plus de deux mètres de haut, dont les mains ressemblaient à des régimes de bananes. Il portait de grosses lunettes à l'épaisse monture et aimait à se présenter comme «érudit et gentleman». Me prenant par l'épaule, il contempla les copies agrandies de la stèle que j'avais fixées au mur. Elles couvraient tout un côté de l'appartement, les autres parois disparaissant sous les gloses et les tableaux des translittérations, tracés de ma main, sans compter plusieurs des tables dressées par Champollion. - Ah oui ! lança Alan. Fascinant ! Mais allons-y ! Afficher moinsAfficher plus

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La stèle mauditeExtraitCe matin, je songe à la forme que prend une vie humaine, à ses ciselures, ses pigments, ses textures. À la manière dont, pour finir, elle se concentre pour projeter un fantôme dans l'esprit de quelqu'un d'autre, comme une traînée de fumée aperçue pardessus l'épaule. L'image d'Alan Henry est plus puissante qu'un souvenir, et aujourd'hui encore je le vois déboulant ce soir-là dans notre appartement comme un rhinocéros déchaîné. Celle de Mick Wheelhouse est beaucoup moins nette, indistincte sur les bords, comme un papyrus fragile. Je sais que, si je me souviens d'eux ainsi, c'est en raison du rôle que j'ai joué dans leur mort. C'était à Londres, fin octobre 1997. Il me restait une semaine, aux termes du contrat avec le British Muséum, pour résoudre l'énigme de la stèle de Paser. Ma fille, que j'avais abandonnée quand elle était très jeune et n'avais pas revue depuis trois ans, devait arriver dans quelques jours. Alan Henry avait insisté pour que nous fassions la connaissance d'un de ses nouveaux amis. Je comptais passer une soirée tranquille sur la causeuse fatiguée du séjour, à lire l'ouvrage de Gardiner sur les Hymnes de Sobek de la XIIe dynastie, mais Alan n'entendait pas se laisser importuner par les passives préoccupations de l'égyptologie. Il était vêtu d'un T-shirt blanc, d'un gilet de pêche vert, chaussé de bottes qu'on aurait cru empruntées à un cirque : immenses et d'un bleu sombre et luisant. Mick, mon compagnon de chambrée, était en caleçon, occupé à cuire des saucisses sur notre réchaud électrique. Il cracha dans l'évier, passa les doigts dans sa maigre chevelure nouée en catogan, puis lança un effrayant chapelet de jurons en arabe à l'adresse d'Alan et de sa famille. Mais il passa un pantalon, tandis que je tentais de retrouver mon portefeuille dans une pile de linge sale. Mick Wheelhouse était mon collègue au British Muséum : un égyptologue et traducteur typiquement britannique. D'ordinaire, il nous suivait chaque fois qu'Alan nous entraînait, geignant et tripotant ses amulettes votives. Tous deux n'étaient que des gamins d'un peu plus de vingt ans. J'en avais alors quarante-six et j'étais en plein milieu de ma carrière d'égyptologue spécialisé dans la traduction et la cryptographie. Le plafond de notre minuscule appartement étant très incliné, Alan Henry devait souvent baisser la tête. C'était un homme gigantesque de plus de deux mètres de haut, dont les mains ressemblaient à des régimes de bananes. Il portait de grosses lunettes à l'épaisse monture et aimait à se présenter comme «érudit et gentleman». Me prenant par l'épaule, il contempla les copies agrandies de la stèle que j'avais fixées au mur. Elles couvraient tout un côté de l'appartement, les autres parois disparaissant sous les gloses et les tableaux des translittérations, tracés de ma main, sans compter plusieurs des tables dressées par Champollion. - Ah oui ! lança Alan. Fascinant ! Mais allons-y ! Afficher moinsAfficher plus

Détails du livre

Titre complet
La stèle maudite
Editeur
Format
Grand Format
Publication
04 octobre 2006
Audience
Adulte - Grand Public
Pages
345
Taille
24 x 15.5 x 2.8 cm
Poids
505
ISBN-13
9782841878628
Livré entre : 24 juillet - 27 juillet
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