Passer au contenu
Mon compte
Wishlist
Panier 00:00
Panier 00:00

Le pyromane - roman

3.0

(5)

Audience : Adulte - Grand Public
Le Pitch
«...le feu m'avait pris en chasse, il avait élu domicile en moi. Je m'étais débarrassé des meubles pour lui échapper. J'étais devenu son instrument, sa cible, je sentais sa présence, elle palpitait dans mes veines, dans mes tissus. Il avait le goût d'un métal refroidi, comme une lance qui aurait percé ma mâchoire. Je le sentais me traverser, j'avais envie de l'extraire, mais je ne le pouvais pas, pas sans aggraver la blessure et détruire tout ce qui m'entourait. Je vivais avec la peur constante de le libérer, de lui laisser la porte ouverte; il était comme une parole et j'avais peur de parler.» Thomas Kryzaniac a 27 ans. Musicien de formation, il a enregistré une poignée d'albums terroristes sous le nom d'Ernesto Violin. Le Pyromane est son premier roman.ExtraitTout jeune, je me suis lancé dans la rédaction d'une encyclopédie dédiée aux chats écrasés. J'habitais dans un petit village d'Alsace, un hameau insignifiant. Il n'y avait qu'une seule route, mais c'était une route gigantesque, elle coupait le village en deux. Une poignée de maisons s'agglutinaient contre ses berges, comme des huttes le long d'un fleuve tropical. Elle était empruntée par les camions allemands les jours de pluie, il pleuvait souvent. Dans ces cas-là on m'interdisait de sortir et je passais mes après-midi à grignoter des strudels en faisant mes devoirs. Depuis la fenêtre de la cuisine, je regardais défiler les gigantesques mots allemands sur la route, ils ruisselaient à vive allure, comme des monstres sortis de l'océan. La plupart de ces mots gigantesques étaient des noms de familles ou des noms de marques, rien qui puisse servir dans une conversation. Noyés dans le défilé figuraient également, j'imagine, des noms russes, polonais, bataves, serbes - aujourd'hui tout se mélange dans ma tête. Quand il s'arrêtait de pleuvoir, on me laissait sortir et sur la route gisaient toujours deux ou trois chats morts. Ils reposaient sur le gravier encore humide, il fallait plisser les paupières pour les discerner des flaques d'eau. C'était un coin perdu dans la campagne, sans distraction ; traverser la route constituait l'occupation principale des chats. Toute la journée on les voyait vagabonder sur le bout des pattes, sans but. Certains appartenaient à des voisins, des amis, on pouvait les reconnaître. Mais il y avait aussi des étrangers, des chats inconnus qui se promenaient au milieu des autres. Ils étaient souvent plus laids, du moins c'est le souvenir que j'en garde. D'où ils sortaient, je l'ignore ; probablement étaient-ils descendus des Vosges pour chercher de la compagnie. Ils s'infiltraient comme de la vermine, dormaient clandestinement dans les jardins, en se mélangeant à nos chats. Ils se cachaient dans les buissons, à l'ombre, on ne les voyait pas beaucoup, on les découvrait seulement à leur mort. Ils étaient toujours plus nombreux que ce qu'on avait imaginé. En temps normal, ils faisaient tout pour se cacher de nous et colporter leur rumeur sale loin des regards ; mais après les accidents, ils étaient brutalement affichés sur la place publique, de petites éclosions de mort à la surface du village. Mon père, un jour, devant le cadavre d'un chat (je ne parlerai pas beaucoup de mon père) fit cette remarque : s'il avait existé dans le journal du coin une rubrique des chats écrasés, une vraie, au sens propre, alors la rubrique aurait débordé, elle aurait fini par engloutir toutes les autres pages, elle les aurait absorbées dans sa toile, dans l'énumération hypnotique des chats révélés par les camions allemands un jour de pluie. Afficher moinsAfficher plus

Le pyromane - roman

3.0

(5)

Indisponible
Sélectionnez la condition
Indisponible
Etre averti(e) de la disponibilité

Le Pitch

«...le feu m'avait pris en chasse, il avait élu domicile en moi. Je m'étais débarrassé des meubles pour lui échapper. J'étais devenu son instrument, sa cible, je sentais sa présence, elle palpitait dans mes veines, dans mes tissus. Il avait le goût d'un métal refroidi, comme une lance qui aurait percé ma mâchoire. Je le sentais me traverser, j'avais envie de l'extraire, mais je ne le pouvais pas, pas sans aggraver la blessure et détruire tout ce qui m'entourait. Je vivais avec la peur constante de le libérer, de lui laisser la porte ouverte; il était comme une parole et j'avais peur de parler.» Thomas Kryzaniac a 27 ans. Musicien de formation, il a enregistré une poignée d'albums terroristes sous le nom d'Ernesto Violin. Le Pyromane est son premier roman.ExtraitTout jeune, je me suis lancé dans la rédaction d'une encyclopédie dédiée aux chats écrasés. J'habitais dans un petit village d'Alsace, un hameau insignifiant. Il n'y avait qu'une seule route, mais c'était une route gigantesque, elle coupait le village en deux. Une poignée de maisons s'agglutinaient contre ses berges, comme des huttes le long d'un fleuve tropical. Elle était empruntée par les camions allemands les jours de pluie, il pleuvait souvent. Dans ces cas-là on m'interdisait de sortir et je passais mes après-midi à grignoter des strudels en faisant mes devoirs. Depuis la fenêtre de la cuisine, je regardais défiler les gigantesques mots allemands sur la route, ils ruisselaient à vive allure, comme des monstres sortis de l'océan. La plupart de ces mots gigantesques étaient des noms de familles ou des noms de marques, rien qui puisse servir dans une conversation. Noyés dans le défilé figuraient également, j'imagine, des noms russes, polonais, bataves, serbes - aujourd'hui tout se mélange dans ma tête. Quand il s'arrêtait de pleuvoir, on me laissait sortir et sur la route gisaient toujours deux ou trois chats morts. Ils reposaient sur le gravier encore humide, il fallait plisser les paupières pour les discerner des flaques d'eau. C'était un coin perdu dans la campagne, sans distraction ; traverser la route constituait l'occupation principale des chats. Toute la journée on les voyait vagabonder sur le bout des pattes, sans but. Certains appartenaient à des voisins, des amis, on pouvait les reconnaître. Mais il y avait aussi des étrangers, des chats inconnus qui se promenaient au milieu des autres. Ils étaient souvent plus laids, du moins c'est le souvenir que j'en garde. D'où ils sortaient, je l'ignore ; probablement étaient-ils descendus des Vosges pour chercher de la compagnie. Ils s'infiltraient comme de la vermine, dormaient clandestinement dans les jardins, en se mélangeant à nos chats. Ils se cachaient dans les buissons, à l'ombre, on ne les voyait pas beaucoup, on les découvrait seulement à leur mort. Ils étaient toujours plus nombreux que ce qu'on avait imaginé. En temps normal, ils faisaient tout pour se cacher de nous et colporter leur rumeur sale loin des regards ; mais après les accidents, ils étaient brutalement affichés sur la place publique, de petites éclosions de mort à la surface du village. Mon père, un jour, devant le cadavre d'un chat (je ne parlerai pas beaucoup de mon père) fit cette remarque : s'il avait existé dans le journal du coin une rubrique des chats écrasés, une vraie, au sens propre, alors la rubrique aurait débordé, elle aurait fini par engloutir toutes les autres pages, elle les aurait absorbées dans sa toile, dans l'énumération hypnotique des chats révélés par les camions allemands un jour de pluie. Afficher moinsAfficher plus

Détails du livre

Titre complet
Le pyromane
Editeur
Format
Grand Format
Publication
29 août 2013
Audience
Adulte - Grand Public
Pages
199
Taille
21 x 13.1 x 1.5 cm
Poids
256
ISBN-13
9782825142721

Auteur

Livré entre : 25 juillet - 28 juillet
Disponible chez le fournisseur
Impression à la demande
Expédition immédiate
Chez vous entre :
Les délais de livraison ont tendance à s'accélérer ces dernières semaines, le temps indiqué peut être plus court que prévu. Les délais de livraison ont tendance à s'allonger ces dernières semaines, le temps indiqué peut être plus long que prévu.
Livraison gratuite (FR et BE) à partir de 20,00 € de livres d'occasion
Retour GRATUIT sous 14 jours.
Image to render

Revendez-le sur notre application!

Aller plus loin

Vous pouvez également aimer

Récemment consultés