“Je suis une mouette. Non, ce n’est pas ça… Vous vous souvenez, vous avez tiré une mouette ? Survient un homme, il la voit, et, pour passer le temps, il la détruit… Un sujet de petite nouvelle… Ce n’est pas ça… (Elle se passe la main sur le front.) De quoi est-ce que je ?… Je parle de la scène. Maintenant, je ne suis déjà plus… Je suis déjà une véritable actrice, je joue avec bonheur, avec exaltation, la scène m’enivre et je me sens éblouissante. Et maintenant, depuis que je suis ici, je sors tout le temps marcher, je marche et je réfléchis, je réfléchis et je sens que, de jour en jour, mes forces spirituelles grandissent…” Le motif de la pièce tout entière est contenu dans cette réplique de Nina : comme le soulignent les traducteurs, ce qui domine là, c’est “l’illusion, la déception, l’essor, la désillusion, le fait d’être tourné vers le futur et d’attendre l’irréel, ou de regarder vers le passé et d’attendre que ce passé découvre un espoir d’y voir ce qui n’y était pas, une réconciliation possible”.C’est la version originale de la pièce, plus longue, écrite en 1895, qui est donnée ici. En annexe, la version académique, stanislavskienne, toujours jouée depuis 1896. «La Mouette» s’inscrit dans le travail de retraduction de Tchekhov entrepris par André Markowicz et Françoise Morvan. Déjà au catalogue Babel : «La Cerisaie» (n° 51), «Les Trois Sœurs» (n° 69), «Oncle Vania» (n° 104), «L’Homme des bois» (n° 189) et «Ivanov» (n° 436).Biographie de l'auteurFrançoise Morvan est agrégée de lettres et docteur d’Etat. Spécialiste de littérature populaire, elle a écrit des spectacles, des chansons et des livres pour enfants, ainsi que des ouvrages sur les fées et les lutins. Elle dirige la collection “Les grandes collectes” aux éditions Ouest-France. Elle est par ailleurs traductrice, notamment des Lais et des Fables de Marie de France, du théâtre complet de Synge et, avec André Markowicz, du théâtre complet de Tchekhov. Elle est l'auteur d'un essai : Le Monde comme si. Nationalisme et dérive identitaire en Bretagne.Traducteur passionné, André Markowicz a notamment traduit pour la collection Babel l'intégralité de l’œuvre romanesque de Dostoïevski (vingt-neuf volumes), mais aussi le théâtre complet de Gogol ou celui de Tchekhov (en collaboration avec Françoise Morvan). Tout son travail tend à faire passer en français quelque chose de la culture russe, et notamment de la période fondamentale du XIXe siècle. Le Soleil d'Alexandre (2011) est son grand œuvre, qui vient éclairer et compléter toutes ses publications et lectures ainsi que la traduction en Babel d'Eugène Onéguine (Babel n° 924) et du recueil Le Convive de pierre et autres scènes dramatiques (Babel n° 85) de Pouchkine, ou encore la pièce de Griboïédov Du malheur d'avoir de l'esprit (Babel n° 784).André Markowicz est lauréat du prix de traduction Nelly Sachs 2012.
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