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Eloge de Chillida

Audience : Adulte - Grand Public
Le Pitch
Présentation de l'éditeur Bien qu'abstraite, l'oeuvre de Chillida échappe au jeu de l'idéalisme pur et géométrique de l'abstraction formelle comme au matérialisme de l'abstraction brute. Elle ne vise ni une réalité stable et intemporelle surplombant la nature et son devenir ni les profondeurs du chaos primitif. Elle trace plutôt une voie entre ces deux extrêmes et découvre un monde - celui-là même que nous habitons - étranger et familier à la fois, transformé et pourtant reconnaissable. Or ce monde n'est pas avant tout celui des choses, mais des éléments (la lumière, le feu, l'eau, l'air), véritable alphabet naturel dans lequel s'écrit notre existence, entre ciel et terre. Si l'artiste transforme la matière, ça n'est pas afin de lui échapper, mais afin d'en libérer un nouveau visage et une nouvelle sonorité, afin de la laisser rêver. C'est ainsi, comme le disait Bachelard, que le matérialisme externe de la pensée scientifique et technique s'efface devant le matérialisme songeur de l'art et que la lévitation l'emporte sur la gravitation. Miguel de Beistegui enseigne la philosophie française et allemande du XXe siècle à l'Université de Warwick (Royaume-Uni). Il est l'auteur de nombreux ouvrages sur Heidegger (Heidegger and the Political, Routledge, 1998 ; Thinking with Heidegger, Indiana University Press, 2003 ; The New Heidegger, Continuum, 2005), Deleuze (Immanence and Philosophy : Deleuze, Edimburgh University Press, 2010) et Proust (Jouissance de Proust. Pour une esthétique de la métaphore, Encre marine, 2007), ainsi qu'un ouvrage d'ontologie (Truth and Genesis : Philosophy as Differential Ontology, Indiana University Press, 2004). Extrait «En s'engageant dans la voie de l'abstraction pure, l'art du XXe siècle fit preuve d'une audace extrême, puisqu'il dut effacer toute trace du monde en tant que tel». Jusque-là, l'abstraction avait souhaité préserver l'individualité des choses et des êtres, fût-ce à contrecoeur. Mais, poussant sa propre logique jusqu'au bout, rompant avec le monde phénoménal ou organique, elle atteignit enfin à cet absolu qu'elle avait toujours visé, le réalisant désormais absolument par la production de pures formes. Pour la nouvelle abstraction, l'oeuvre devint le monde à lui tout seul, et du monde lui-même il ne resta pour elle plus rien à extraire ni à tirer. Ce tournant mit fin à toute prétention naturaliste : au monde de la nature s'opposa un monde purement idéal, le seul qui valût désormais la peine d'être habité. À bien des égards, il est plus proche de celui des mathématiques que de celui de la représentation artistique, puisqu'il traduit dans le langage des sens un ordre que Platon ne reconnaissait qu'aux objets intelligibles et aux vérités éternelles. Peuplé de formes abstraites, c'est-à-dire d'essences et d'idéalités, il dégage une beauté sereine et un ordre paisible, garantis par le style géométrique, les lois immuables de la symétrie et du rythme, ainsi que par sa ligne régulière, où vient se réfugier le désir profond et peut-être insurmontable de se prémunir contre les secousses et les soubresauts du monde extérieur : «Car ici, comme le dit Worringer, toute trace de lien avec la vie, et encore plus de dépendance envers elle, a disparu ; ici règne la forme la plus absolue et la plus pure des abstractions; tout ici est loi et nécessité, tandis que partout ailleurs règne l'organique». La forme n'exprime plus la vie, comme dans le naturalisme, mais l'essence. L'espace, et la profondeur en particulier, dans la mesure où ils désignent une dimension essentielle de la perception, et donc de la vie, sont désormais perçus comme un obstacle à la réalisation de l'abstraction et de son absolu. Il convient donc de les réduire au maximum, voire de les éliminer. C'est ainsi que les relations de profondeur et de perception se transforment en relations de plan et d'intelligence, que l'espace même de l'abstraction se réduit aux seules dimensions de la verticalité et de l'horizontalité, permettant ainsi Afficher moinsAfficher plus

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Présentation de l'éditeur Bien qu'abstraite, l'oeuvre de Chillida échappe au jeu de l'idéalisme pur et géométrique de l'abstraction formelle comme au matérialisme de l'abstraction brute. Elle ne vise ni une réalité stable et intemporelle surplombant la nature et son devenir ni les profondeurs du chaos primitif. Elle trace plutôt une voie entre ces deux extrêmes et découvre un monde - celui-là même que nous habitons - étranger et familier à la fois, transformé et pourtant reconnaissable. Or ce monde n'est pas avant tout celui des choses, mais des éléments (la lumière, le feu, l'eau, l'air), véritable alphabet naturel dans lequel s'écrit notre existence, entre ciel et terre. Si l'artiste transforme la matière, ça n'est pas afin de lui échapper, mais afin d'en libérer un nouveau visage et une nouvelle sonorité, afin de la laisser rêver. C'est ainsi, comme le disait Bachelard, que le matérialisme externe de la pensée scientifique et technique s'efface devant le matérialisme songeur de l'art et que la lévitation l'emporte sur la gravitation. Miguel de Beistegui enseigne la philosophie française et allemande du XXe siècle à l'Université de Warwick (Royaume-Uni). Il est l'auteur de nombreux ouvrages sur Heidegger (Heidegger and the Political, Routledge, 1998 ; Thinking with Heidegger, Indiana University Press, 2003 ; The New Heidegger, Continuum, 2005), Deleuze (Immanence and Philosophy : Deleuze, Edimburgh University Press, 2010) et Proust (Jouissance de Proust. Pour une esthétique de la métaphore, Encre marine, 2007), ainsi qu'un ouvrage d'ontologie (Truth and Genesis : Philosophy as Differential Ontology, Indiana University Press, 2004). Extrait «En s'engageant dans la voie de l'abstraction pure, l'art du XXe siècle fit preuve d'une audace extrême, puisqu'il dut effacer toute trace du monde en tant que tel». Jusque-là, l'abstraction avait souhaité préserver l'individualité des choses et des êtres, fût-ce à contrecoeur. Mais, poussant sa propre logique jusqu'au bout, rompant avec le monde phénoménal ou organique, elle atteignit enfin à cet absolu qu'elle avait toujours visé, le réalisant désormais absolument par la production de pures formes. Pour la nouvelle abstraction, l'oeuvre devint le monde à lui tout seul, et du monde lui-même il ne resta pour elle plus rien à extraire ni à tirer. Ce tournant mit fin à toute prétention naturaliste : au monde de la nature s'opposa un monde purement idéal, le seul qui valût désormais la peine d'être habité. À bien des égards, il est plus proche de celui des mathématiques que de celui de la représentation artistique, puisqu'il traduit dans le langage des sens un ordre que Platon ne reconnaissait qu'aux objets intelligibles et aux vérités éternelles. Peuplé de formes abstraites, c'est-à-dire d'essences et d'idéalités, il dégage une beauté sereine et un ordre paisible, garantis par le style géométrique, les lois immuables de la symétrie et du rythme, ainsi que par sa ligne régulière, où vient se réfugier le désir profond et peut-être insurmontable de se prémunir contre les secousses et les soubresauts du monde extérieur : «Car ici, comme le dit Worringer, toute trace de lien avec la vie, et encore plus de dépendance envers elle, a disparu ; ici règne la forme la plus absolue et la plus pure des abstractions; tout ici est loi et nécessité, tandis que partout ailleurs règne l'organique». La forme n'exprime plus la vie, comme dans le naturalisme, mais l'essence. L'espace, et la profondeur en particulier, dans la mesure où ils désignent une dimension essentielle de la perception, et donc de la vie, sont désormais perçus comme un obstacle à la réalisation de l'abstraction et de son absolu. Il convient donc de les réduire au maximum, voire de les éliminer. C'est ainsi que les relations de profondeur et de perception se transforment en relations de plan et d'intelligence, que l'espace même de l'abstraction se réduit aux seules dimensions de la verticalité et de l'horizontalité, permettant ainsi Afficher moinsAfficher plus

Détails du livre

Titre complet
Eloge de Chillida: Poétique de la matière
Format
Broché
Publication
18 août 2011
Audience
Adulte - Grand Public
Pages
96
Taille
21.4 x 24.1 x 0.9 cm
Poids
408
ISBN-13
9782353401079

Auteur

Livré entre : 25 juillet - 28 juillet
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