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Petit homme tu pleures

Audience : Adulte - Grand Public
Le Pitch
«On démolit à grands coups de gueule, de pied et de bouteilles tout ce qui tenait debout dans le bar du Trianon, jusqu'aux restes de la vitrine qui vola au milieu de la chaussée. Les chiens en meutes pénétrèrent dans les bars, les boîtes et les cafés, la mosquée et le ghetto arabe. Ils souillèrent la synagogue, crachèrent sur les tombes, chièrent sur les drapeaux, vomirent la bière sur le parvis des églises et traquèrent, deux heures durant, avant que la police ne s'éveille, la lèpre qui pourrit nos murs, la peste qui empoisonne nos familles, l'anthrax de nos valeurs.» C'est une ville de garnison dans l'est de la France. Nous sommes en 1961. La France est en guerre. Ils s'appellent Lenny, Miklos. Jeannette, Gabriel ou Ganesh. Ils se connaissent sans se connaître, tous issus de cette ville maltraitée par les guerres du XXe siècle. Pour ceux qui, en juillet 1961, ne sont pas en Algérie, ceux qui sont restés, quelle vie possible ? Le poids du secret, du silence, les rêves jamais dits ou vécus, l'impossible attente... jusqu'au jour où ils sont inexorablement rattrapés par le destin, la haine, la démence et le hasard. Architecte, décorateur de cinéma, François Koltès est également réalisateur de films documentaires. Petit homme tu pleures est son premier roman.ExtraitThe undiscover'd country from whose bourn No traveller returns. Les paras défilaient dans la ville, sous les balcons. Le peuple applaudissait comme si le pays, tout à coup, retrouvait ses marques. Ils étaient revenus, fiers vainqueurs et perdants hargneux, encore tout empreints d'Alger et de ses ruelles, de la peur sublime, des supplices inavouables, du goût du sang amer sur les lèvres et des douleurs innombrables plein la bouche. La frappe de leur pas cadencé octroyait à leur chant, d'une seule voix, sans musique et sans tambours, une puissance que rien ne pouvait arrêter. Les arbres nus sous le soleil d'hiver et la buée qui sortait des bouches des soldats donnaient au décor des couleurs contrastées. Au loin, l'église de béton à la flèche prétentieuse ne faisait qu'amplifier l'atmosphère illusoire d'une ville forte et belle. Les enfants, sur la terrasse, étaient serrés contre leur mère. Jean, l'aîné, se pencha par-dessus la rambarde de pierre. Dans le matin que la lumière oblique traversait, parmi les feuillages encore frais de l'avenue, dans le silence que ne troublait aucun chant d'oiseau ni le babillement des jeunes infirmières aux fenêtres de leur école, ils regardaient défiler sur l'avenue, quatre étages plus bas, les soldats de Massu en chaussures à lanières. Ces pas rappelaient ceux des bottes prussiennes martelant le pavé que Jeannette avait vus dans les bras de sa mère en 17, par la lucarne de la cave. D'aussi haut qu'elle était à présent, elle ne percevait que les cuirs noirs qui passaient au ras du sol devant ses yeux. Ils l'avaient meurtrie très tôt, avant que Foch ne vienne, sur son cheval blanc, pour la victoire. Jeannette croyait ne jamais revoir cela. Elle trembla pour Gabriel : Peut-il être comme eux ? Son frisson parcourut les enfants. La peur les tétanisa. - Il fait froid, rentrons. Afficher moinsAfficher plus

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«On démolit à grands coups de gueule, de pied et de bouteilles tout ce qui tenait debout dans le bar du Trianon, jusqu'aux restes de la vitrine qui vola au milieu de la chaussée. Les chiens en meutes pénétrèrent dans les bars, les boîtes et les cafés, la mosquée et le ghetto arabe. Ils souillèrent la synagogue, crachèrent sur les tombes, chièrent sur les drapeaux, vomirent la bière sur le parvis des églises et traquèrent, deux heures durant, avant que la police ne s'éveille, la lèpre qui pourrit nos murs, la peste qui empoisonne nos familles, l'anthrax de nos valeurs.» C'est une ville de garnison dans l'est de la France. Nous sommes en 1961. La France est en guerre. Ils s'appellent Lenny, Miklos. Jeannette, Gabriel ou Ganesh. Ils se connaissent sans se connaître, tous issus de cette ville maltraitée par les guerres du XXe siècle. Pour ceux qui, en juillet 1961, ne sont pas en Algérie, ceux qui sont restés, quelle vie possible ? Le poids du secret, du silence, les rêves jamais dits ou vécus, l'impossible attente... jusqu'au jour où ils sont inexorablement rattrapés par le destin, la haine, la démence et le hasard. Architecte, décorateur de cinéma, François Koltès est également réalisateur de films documentaires. Petit homme tu pleures est son premier roman.ExtraitThe undiscover'd country from whose bourn No traveller returns. Les paras défilaient dans la ville, sous les balcons. Le peuple applaudissait comme si le pays, tout à coup, retrouvait ses marques. Ils étaient revenus, fiers vainqueurs et perdants hargneux, encore tout empreints d'Alger et de ses ruelles, de la peur sublime, des supplices inavouables, du goût du sang amer sur les lèvres et des douleurs innombrables plein la bouche. La frappe de leur pas cadencé octroyait à leur chant, d'une seule voix, sans musique et sans tambours, une puissance que rien ne pouvait arrêter. Les arbres nus sous le soleil d'hiver et la buée qui sortait des bouches des soldats donnaient au décor des couleurs contrastées. Au loin, l'église de béton à la flèche prétentieuse ne faisait qu'amplifier l'atmosphère illusoire d'une ville forte et belle. Les enfants, sur la terrasse, étaient serrés contre leur mère. Jean, l'aîné, se pencha par-dessus la rambarde de pierre. Dans le matin que la lumière oblique traversait, parmi les feuillages encore frais de l'avenue, dans le silence que ne troublait aucun chant d'oiseau ni le babillement des jeunes infirmières aux fenêtres de leur école, ils regardaient défiler sur l'avenue, quatre étages plus bas, les soldats de Massu en chaussures à lanières. Ces pas rappelaient ceux des bottes prussiennes martelant le pavé que Jeannette avait vus dans les bras de sa mère en 17, par la lucarne de la cave. D'aussi haut qu'elle était à présent, elle ne percevait que les cuirs noirs qui passaient au ras du sol devant ses yeux. Ils l'avaient meurtrie très tôt, avant que Foch ne vienne, sur son cheval blanc, pour la victoire. Jeannette croyait ne jamais revoir cela. Elle trembla pour Gabriel : Peut-il être comme eux ? Son frisson parcourut les enfants. La peur les tétanisa. - Il fait froid, rentrons. Afficher moinsAfficher plus

Détails du livre

Titre complet
Petit homme tu pleures
Format
Grand Format
Publication
21 août 2008
Audience
Adulte - Grand Public
Pages
136
Taille
21.5 x 14 x 1 cm
Poids
185
ISBN-13
9782351760512

Auteur

Livré entre : 25 juillet - 28 juillet
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