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Le prêteur de Cuvio

Le Pitch
Traduit de l'italien et préfacé par Henri Lewi «Le préteur fait suivre sa femme, il ne découvre rien, et secrètement il craint que dans la chambre d'en haut, pendant la nuit, n'arrive ce qu'il ne veut même pas se dire à lui-même... Et alors tous les bruits, les vieux meubles qui se fendent et craquent dans la nuit, les chauves-souris nichées dans le grenier, les bruits innombrables d'une vieille villa, tous ces bruits se multiplient dans son esprit... Ils viennent (pense-t-il) des rencontres nocturnes de sa femme, ils passent dans le bois et du bois s'enfoncent en sifflant dans son coeur comme des coups de couteau... Et lui, le préteur, monte sur la table pour tendre l'oreille, capter ces bruits, se les traduire... Mais aucun bruit ne peut donner la certitude du fait; et il ne monte pas à l'étage au-dessus, il ne veut pas monter...» (L'auteur, quelques années avant sa mort, racontant à Giovanna Peroni son Préteur de Cuvio.) Piero Chiara (1913-1986) est l'un des très grands écrivains de l'Italie d'après-guerre. Ses livres restituent la vie des pays limitrophes du lac Majeur sous le fascisme ; son écriture, savante et sensible, passe constamment du plus délicat au plus énorme. D'une oeuvre considérable, très peu jusque-là (Le Trigame, La Lune rousse, D'une maison à l'autre la vie) ont été traduit en français ; Le Préteur de Cuvio fait partie, en Italie, des livres les plus connus de Piero Chiara.ExtraitLe dottor Augusto Vanghetta, préteur de second ordre ayant derrière lui près de quinze ans de carrière, arriva à Cuvio, où il avait été affecté en qualité de titulaire, dans l'après-midi du 26 octobre 1930. Dans les bureaux de son nouveau poste, aménagés au premier étage d'un palais du dix-septième siècle, il ne trouva pas son prédécesseur, parti la veille, mais seulement un vieux greffier ; celui-ci, après lui avoir fait visiter la salle des audiences, les archives, le cabinet où l'on conservait les pièces à conviction et les locaux de l'huissier, le laissa seul dans un vaste salon sur la porte duquel était fixée une plaque émaillée avec l'inscription : Cabinet du Préteur. S'étant assis au bureau, il jeta un coup d'oeil au portrait de Victor Emmanuel III et à celui de Mussolini, tous deux accrochés au mur qui lui faisait face, puis laissant aller son regard en direction des bibliothèques et de l'armoire, l'arrêta enfin à la fenêtre qui donnait du côté de la vallée. Ayant trouvé les meubles bons, la vue agréable, le fauteuil confortable, il se sentit satisfait. Que pouvait-il attendre d'autre de la vie, maintenant qu'il était préteur en titre de Cuvio ? Licencié en droit par miracle une quinzaine d'années auparavant et nommé préteur adjoint honoraire dans une petite ville de la Brianza, il était demeuré pendant six ans notaire stagiaire avant que ne lui échoie l'unique vraie chance de sa vie. C'est à ce moment en effet qu'avait été promulguée la loi Mortara, germée dans la tête du ministre homonyme en 1919 et destinée à redonner chair au personnel de la magistrature, que la guerre et la suspension des concours de recrutement avaient fait fondre. La loi Mortara permettait à tous les licenciés inscrits depuis cinq ans au moins au registre des avocats ou des avoués, ou exerçant depuis un temps égal la profession de notaire, l'accession à la magistrature à travers un concours sur titres. Parmi les titres avait une valeur prééminente «l'exercice louable de la charge de préteur adjoint honoraire». Vanghetta, qui par ses mérites propres, c'est-à-dire en passant de réguliers examens, ne serait jamais devenu ni avocat ni notaire, encore moins juge ou préteur, fut parmi les premiers à profiter de cette loi, dont bénéficièrent une centaine de personnes jeunes et moins jeunes, de vingt-cinq à quarante ans, lesquels furent appelés par la suite, avec mépris, des «mortarins», et considérés par les autres magistrats comme des enfants bâtards du ministère de la Justice. Afficher moins Afficher plus

Le prêteur de Cuvio

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Traduit de l'italien et préfacé par Henri Lewi «Le préteur fait suivre sa femme, il ne découvre rien, et secrètement il craint que dans la chambre d'en haut, pendant la nuit, n'arrive ce qu'il ne veut même pas se dire à lui-même... Et alors tous les bruits, les vieux meubles qui se fendent et craquent dans la nuit, les chauves-souris nichées dans le grenier, les bruits innombrables d'une vieille villa, tous ces bruits se multiplient dans son esprit... Ils viennent (pense-t-il) des rencontres nocturnes de sa femme, ils passent dans le bois et du bois s'enfoncent en sifflant dans son coeur comme des coups de couteau... Et lui, le préteur, monte sur la table pour tendre l'oreille, capter ces bruits, se les traduire... Mais aucun bruit ne peut donner la certitude du fait; et il ne monte pas à l'étage au-dessus, il ne veut pas monter...» (L'auteur, quelques années avant sa mort, racontant à Giovanna Peroni son Préteur de Cuvio.) Piero Chiara (1913-1986) est l'un des très grands écrivains de l'Italie d'après-guerre. Ses livres restituent la vie des pays limitrophes du lac Majeur sous le fascisme ; son écriture, savante et sensible, passe constamment du plus délicat au plus énorme. D'une oeuvre considérable, très peu jusque-là (Le Trigame, La Lune rousse, D'une maison à l'autre la vie) ont été traduit en français ; Le Préteur de Cuvio fait partie, en Italie, des livres les plus connus de Piero Chiara.ExtraitLe dottor Augusto Vanghetta, préteur de second ordre ayant derrière lui près de quinze ans de carrière, arriva à Cuvio, où il avait été affecté en qualité de titulaire, dans l'après-midi du 26 octobre 1930. Dans les bureaux de son nouveau poste, aménagés au premier étage d'un palais du dix-septième siècle, il ne trouva pas son prédécesseur, parti la veille, mais seulement un vieux greffier ; celui-ci, après lui avoir fait visiter la salle des audiences, les archives, le cabinet où l'on conservait les pièces à conviction et les locaux de l'huissier, le laissa seul dans un vaste salon sur la porte duquel était fixée une plaque émaillée avec l'inscription : Cabinet du Préteur. S'étant assis au bureau, il jeta un coup d'oeil au portrait de Victor Emmanuel III et à celui de Mussolini, tous deux accrochés au mur qui lui faisait face, puis laissant aller son regard en direction des bibliothèques et de l'armoire, l'arrêta enfin à la fenêtre qui donnait du côté de la vallée. Ayant trouvé les meubles bons, la vue agréable, le fauteuil confortable, il se sentit satisfait. Que pouvait-il attendre d'autre de la vie, maintenant qu'il était préteur en titre de Cuvio ? Licencié en droit par miracle une quinzaine d'années auparavant et nommé préteur adjoint honoraire dans une petite ville de la Brianza, il était demeuré pendant six ans notaire stagiaire avant que ne lui échoie l'unique vraie chance de sa vie. C'est à ce moment en effet qu'avait été promulguée la loi Mortara, germée dans la tête du ministre homonyme en 1919 et destinée à redonner chair au personnel de la magistrature, que la guerre et la suspension des concours de recrutement avaient fait fondre. La loi Mortara permettait à tous les licenciés inscrits depuis cinq ans au moins au registre des avocats ou des avoués, ou exerçant depuis un temps égal la profession de notaire, l'accession à la magistrature à travers un concours sur titres. Parmi les titres avait une valeur prééminente «l'exercice louable de la charge de préteur adjoint honoraire». Vanghetta, qui par ses mérites propres, c'est-à-dire en passant de réguliers examens, ne serait jamais devenu ni avocat ni notaire, encore moins juge ou préteur, fut parmi les premiers à profiter de cette loi, dont bénéficièrent une centaine de personnes jeunes et moins jeunes, de vingt-cinq à quarante ans, lesquels furent appelés par la suite, avec mépris, des «mortarins», et considérés par les autres magistrats comme des enfants bâtards du ministère de la Justice. Afficher moins Afficher plus

Détails du livre

Titre complet
Le prêteur de Cuvio
Pages
177
Taille
20.4 x 13.5 x 2.1 cm
Poids
200
ISBN-13
9782268064253
Livré entre : 9 octobre - 12 octobre
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