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Le bonheur par des temps éloignés du bonheur

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Audience : Adulte - Grand Public
Le Pitch
Présentation de l'éditeur Le marché du travail est impitoyable, a fortiori pour les philosophes. Gerhard Warlich, qui a soutenu une thèse sur Heidegger, travaille pour une laverie industrielle. Il mène une vie plutôt tranquille avec sa compagne Traudel, jusqu'au jour où celle-ci lui fait part de son désir d'enfant. Les événements s'emballent soudain, bouleversant l'équilibre précaire sur lequel reposaient tant le couple que la vie professionnelle de Warlich. «Il a le désespoir guilleret, Wilhelm Genazino. Une façon légère et pétillante de poser sur le monde son regard mélancolique. C'est cet élégant mélange des prétendus contraires qui donne un charme fou, presque envoûtant, à la voix de cet écrivain allemand.» (Raphaëlle Leyris, Les Inrockuptibles) «Genazino excelle dans l'observation aphoristique des détails et la description des vies des hommes de plus de quarante ans, mais [chez lui] le réalisme est doublé d'une loufoquerie tragi-comique.» (Pierre Deshusses, Le Monde) Né en 1943 à Mannheim, Wilhelm Genazino vit aujourd'hui à Francfort. Il a publié une quinzaine de romans dont Un parapluie pour ce jour-là, qui l'a fait connaître au grand public et autant d'essais. Il a remporté de nombreux prix, parmi lesquels, en 2004, le prix George Büchner, le prix littéraire allemand le plus prisé. Extrait Le seul café qui se trouve à proximité de notre appartement est comble, comme d'habitude. Je trouve difficilement une table de libre. Le soleil est faible, c'est la fin de l'après-midi. J'ai neuf heures de travail derrière moi et le café m'apparaît comme le premier bienfait de la journée. La plupart des gens autour de moi sont eux aussi visiblement épuisés. Les êtres exténués, quasi immobiles, affalés sur leur chaise me paraissent particulièrement beaux. Dans la lumière douce du soleil, ils évoquent les bordures dorées de notre méritocratie, enfin offertes à la contemplation. Seul un très jeune couple à ma gauche est tout à fait éveillé ; à l'aide de pailles, ils sucent une boisson vert foncé dans des grands verres. Je suis plutôt muet et cherche des mots à l'intérieur de moi. Malgré leur fatigue, les gens discutent. Ma pitié déplacée me tourmente. Par exemple, je plains les jeunes serveuses. Au dos de leurs habits qui ressemblent à des uniformes est écrit ce qu'on peut leur commander : latte macchiato, caffè con leche, Schweppes, bitter lemon, espresso lungo et cetera. Je commande un cappuccino. Pendant un moment, je regarde deux canards qui traversent lentement la place en se dandinant. Entre les dalles de béton, ils trouvent de courtes herbes claires qu'ils béquettent à toute allure. Une demi-douzaine de Russo-Allemands tirent des Snickers et des Smarties à un distributeur. Chaque fois qu'un paquet tombe dans le compartiment du bas, les Russo-Allemands éclatent de rire et se mettent à parler leur sabir germano-russe. J'ai honte des appels à consommer qui ornent mes deux sacs en plastique. Le jeune couple à ma gauche aspire maintenant si violemment par les pailles que je me demande si je ne vais pas aller leur dire : Je vous donne cinq euros si vous arrêtez vos râles tout de suite. Ce que ma fatigue a de désagréable, c'est qu'elle me rend hypersensible. Je ne suis pas encore assez fou pour soumettre réellement cette proposition au jeune couple. Au contraire, sentir le caractère gênant de la chose renforce ma pudeur. Je glisse mes deux sacs en plastique sous ma table de façon à ce que personne ne puisse plus lire ce qui y est marqué. Malheureusement, je suis plein de méfiance à l'égard de notre situation générale. Au jeune couple, je voudrais manifester mon épuisement pour qu'ils aient d'ores et déjà un pressentiment de ce qui sera leur avenir, à eux aussi. Si ce sentiment pouvait se propager, nous vivrions dans un monde plus agréable. A une table à ma droite, j'entends quelqu'un prononcer une phrase que j'aurais bien voulu dire : Une fois de plus, le seul à avoir des égards pour moi, c'est moi-même. Une jeune serveuse po Afficher moinsAfficher plus

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Détails du livre

Titre complet
Le bonheur par des temps éloignés du bonheur
Editeur
Format
Grand Format
Publication
14 octobre 2010
Traduction
Weber, Anne
Audience
Adulte - Grand Public
Pages
182
Taille
20.1 x 11.9 x 1.5 cm
Poids
182
ISBN-13
9782267021165

Auteur

Livré entre : 9 juin - 12 juin
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