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UN JEU D ENFANT LA PHILOSOPHIE

Audience : Adulte - Haut niveau
Le Pitch
Présentation de l'éditeur Si c'était un roman, ce serait l'histoire d'un jeune homme veillé par les fées de l'intelligence, de la culture et de la sensibilité. Raphaël Enthoven grandit à l'ombre des maîtres épanouis. Ils s'appellent Spinoza, Nietzsche, Bergson ou Camus. Pour ceux qui les écoutent, ces noms de génie ouvrent les portes de la sagesse et, donc, de l'imaginaire. Parce qu'ils savent enseigner l'art subtil d'aller là où le coeur dit d'aller, Raphaël devient leur élève, leur familier, leur ami, leur interprète. Avec humour, style et alacrité, il raconte les étapes de sa formation intellectuelle, plonge dans son roman familial, s'attarde sur la beauté et la poésie du monde. Un jeu pour cet enfant du siècle surdoué. «Et voilà un petit livre d'aventures qui à travers réflexions, portraits, anecdotes, aphorismes, incite à retrouver les philosophes dans leur intimité (...).» Aliocha Wald Lasowski - Le Magazine Littéraire Extrait Le père de mon père avait les épaules larges et me portait d'un bras. Il régnait sans partage sur la concession Citroën de Bois-Colombes où travaillaient les Algériens qui avaient choisi, en 1962, de quitter le pays avec lui. Il était fort et courageux. Je me souviens du jour où il avait calmement enlevé ses lunettes et cassé la gueule du Français de souche qui se moquait du pompiste Boujemah : «Ah, toi, tu sais pas lire, mais tu sais compter, hein ?» avait dit le type tout rose, juste avant de recevoir, sous mes yeux, un bon coup de boule. Puis, un jour, mon grand-père vendit le garage et perdit la tête. Le bel homme fort qui souriait en silence, qui demandait «Qui m'aime ?» d'une voix chaude en ouvrant les bras pour qu'on s'y précipite, et qui mettait un soin particulier à nouer sa cravate pour partir au bureau, dans la brume, dès six heures du matin, se promenait désormais, tout nu, de la chambre au salon («Allons, Papa, qu'est-ce que ça veut dire !» s'indignait mon oncle Gérard, toujours tiré à quatre épingles). Je revois Edmond sortir d'un vieux secrétaire en bois verni quelques pages de compte au dos desquelles il dessinait d'une main tremblante les prénoms de ses enfants. Personne ne lui disait plus de tousser pour s'éclaircir la voix quand il énumérait pour la dixième fois les vertus de la dernière BX tandis qu'on lui tendait, les yeux humides, la cuillère bouilleuse qu'il avalait en gardant la bouche ouverte. Edmond a été inhumé au cimetière Montparnasse, le 19 avril 1994, sous une stèle de marbre cendré. Je n'étais pas là. J'étais en Afrique, et mon père, qui m'avait annoncé par fax la mort du sien, avait inexplicablement négligé de me donner la date de l'enterrement. Je me souviens d'un fou qui chassait parfois les pigeons, place de la Sorbonne. Il portait un pantalon kaki tâché de grandes auréoles mauves qui découvrait le bas des chevilles dès qu'il se mettait à courir; quand les clients de l'Écritoire se moquaient de lui, le fou leur jetait un mauvais regard et, tournant le dos, il haussait les épaules à les accrocher aux oreilles, l'air de dire : «Je t'entends, connard ! Je t'écoute et je m'en fous, moi le fou.» Étrange fou qui, doutant d'avoir raison, exigeait d'avoir des témoins à qui signifier son mépris. Qu'avait-il à prouver ? À quoi bon l'étincelle de conscience, la petite musique du réel : «Tu es un fou, tu n'es pas normal, tu ne sens pas bon, tu baves en coursant les pigeons...» ? Demi fou, fou malheureux. Il faut avoir perdu la tête pour être encore lucide quand on est déjà fou. Nous allons tous vers le pire, mais on y va moins vite quand on accepte de s'y rendre. J'aimais le garage de Bois-Colombes. J'avais fait mon terrain de jeu du monolithe vitreux qui écartait les immeubles de ses bras métalliques. Le parquet sentait le propre, le garage sentait l'huile et le caoutchouc, la pompe sentait l'essence, et les bureaux, le tabac froid; derrière chaque vitre on trouvait un téléphone à cadran, un bouquet de fleurs en nylon, un employé harki sous un calendrier ring Afficher moinsAfficher plus

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Présentation de l'éditeur Si c'était un roman, ce serait l'histoire d'un jeune homme veillé par les fées de l'intelligence, de la culture et de la sensibilité. Raphaël Enthoven grandit à l'ombre des maîtres épanouis. Ils s'appellent Spinoza, Nietzsche, Bergson ou Camus. Pour ceux qui les écoutent, ces noms de génie ouvrent les portes de la sagesse et, donc, de l'imaginaire. Parce qu'ils savent enseigner l'art subtil d'aller là où le coeur dit d'aller, Raphaël devient leur élève, leur familier, leur ami, leur interprète. Avec humour, style et alacrité, il raconte les étapes de sa formation intellectuelle, plonge dans son roman familial, s'attarde sur la beauté et la poésie du monde. Un jeu pour cet enfant du siècle surdoué. «Et voilà un petit livre d'aventures qui à travers réflexions, portraits, anecdotes, aphorismes, incite à retrouver les philosophes dans leur intimité (...).» Aliocha Wald Lasowski - Le Magazine Littéraire Extrait Le père de mon père avait les épaules larges et me portait d'un bras. Il régnait sans partage sur la concession Citroën de Bois-Colombes où travaillaient les Algériens qui avaient choisi, en 1962, de quitter le pays avec lui. Il était fort et courageux. Je me souviens du jour où il avait calmement enlevé ses lunettes et cassé la gueule du Français de souche qui se moquait du pompiste Boujemah : «Ah, toi, tu sais pas lire, mais tu sais compter, hein ?» avait dit le type tout rose, juste avant de recevoir, sous mes yeux, un bon coup de boule. Puis, un jour, mon grand-père vendit le garage et perdit la tête. Le bel homme fort qui souriait en silence, qui demandait «Qui m'aime ?» d'une voix chaude en ouvrant les bras pour qu'on s'y précipite, et qui mettait un soin particulier à nouer sa cravate pour partir au bureau, dans la brume, dès six heures du matin, se promenait désormais, tout nu, de la chambre au salon («Allons, Papa, qu'est-ce que ça veut dire !» s'indignait mon oncle Gérard, toujours tiré à quatre épingles). Je revois Edmond sortir d'un vieux secrétaire en bois verni quelques pages de compte au dos desquelles il dessinait d'une main tremblante les prénoms de ses enfants. Personne ne lui disait plus de tousser pour s'éclaircir la voix quand il énumérait pour la dixième fois les vertus de la dernière BX tandis qu'on lui tendait, les yeux humides, la cuillère bouilleuse qu'il avalait en gardant la bouche ouverte. Edmond a été inhumé au cimetière Montparnasse, le 19 avril 1994, sous une stèle de marbre cendré. Je n'étais pas là. J'étais en Afrique, et mon père, qui m'avait annoncé par fax la mort du sien, avait inexplicablement négligé de me donner la date de l'enterrement. Je me souviens d'un fou qui chassait parfois les pigeons, place de la Sorbonne. Il portait un pantalon kaki tâché de grandes auréoles mauves qui découvrait le bas des chevilles dès qu'il se mettait à courir; quand les clients de l'Écritoire se moquaient de lui, le fou leur jetait un mauvais regard et, tournant le dos, il haussait les épaules à les accrocher aux oreilles, l'air de dire : «Je t'entends, connard ! Je t'écoute et je m'en fous, moi le fou.» Étrange fou qui, doutant d'avoir raison, exigeait d'avoir des témoins à qui signifier son mépris. Qu'avait-il à prouver ? À quoi bon l'étincelle de conscience, la petite musique du réel : «Tu es un fou, tu n'es pas normal, tu ne sens pas bon, tu baves en coursant les pigeons...» ? Demi fou, fou malheureux. Il faut avoir perdu la tête pour être encore lucide quand on est déjà fou. Nous allons tous vers le pire, mais on y va moins vite quand on accepte de s'y rendre. J'aimais le garage de Bois-Colombes. J'avais fait mon terrain de jeu du monolithe vitreux qui écartait les immeubles de ses bras métalliques. Le parquet sentait le propre, le garage sentait l'huile et le caoutchouc, la pompe sentait l'essence, et les bureaux, le tabac froid; derrière chaque vitre on trouvait un téléphone à cadran, un bouquet de fleurs en nylon, un employé harki sous un calendrier ring Afficher moinsAfficher plus

Détails du livre

Titre complet
UN JEU D ENFANT LA PHILOSOPHIE
Auteur
Editeur
Format
Poche
Publication
03 mars 2008
Audience
Adulte - Haut niveau
Pages
203
Taille
18 x 11 x 1 cm
Poids
130
ISBN-13
9782266178273
Livré entre : 20 février - 23 février
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