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ART DE LA JOIE

3.9

(2354)

Audience : Adulte - Grand Public
Le Pitch
Présentation de l'éditeur Née en 1900 dans un petit village sicilien, orpheline à neuf ans, Modesta ne semble pas promise à un destin brillant. Au mieux peut-elle espérer un emploi de servante et un honnête mariage à la sortie du couvent qui l'a recueillie. Mais la jeune fille a d'autres aspirations... Sensuelle et fière, déterminée et prête à tout, farouchement indépendante et terriblement intelligente, Modesta veut découvrir la richesse infinie de la vie. Pour cela, elle devra abattre une à une les barrières érigées par la société : religion, morale, tradi­tions, partis politiques, préjugés de classe, sexisme... Sa vie durant, Modesta poursuivra cet inlassable combat, celui d'une femme éprise de liberté et de bonheur. «D'une plume inspirée, [Goliarda Sapienza] a mis sur son chemin de superbes personnages et célébré, dans ce roman d'apprentissage, chaque âge de la vie.» Le Point Extrait Et voyez, me voici à quatre, cinq ans traînant un bout de bois immense dans un terrain boueux. Il n'y a pas d'arbres ni de maisons autour, il n'y a que la sueur due à l'effort de traîner ce corps dur et la brûlure aiguë des paumes blessées par le bois. Je m'enfonce dans la boue jusqu'aux chevilles mais je dois tirer, je ne sais pas pourquoi, mais je dois le faire. Laissons ce premier souvenir tel qu'il est : ça ne me convient pas de faire des suppositions ou d'inventer. Je veux vous dire ce qui a été sans rien altérer. Donc, je traînais ce bout de bois ; et après l'avoir caché ou abandonné, j'entrai dans le grand trou du mur, que ne fermait qu'un voile noir couvert de mouches. Je me trouve à présent dans l'obscurité de la chambre où l'on dormait, où l'on mangeait pain et olives, pain et oignon. On ne cuisinait que le dimanche. Ma mère, les yeux dilatés par le silence, coud dans un coin. Elle ne parle jamais, ma mère. Ou elle hurle, ou elle se tait. Ses cheveux de lourd voile noir sont couverts de mouches. Ma soeur assise par terre la fixe de deux fentes sombres ensevelies dans la graisse. Toute la vie, du moins ce que dura leur vie, elle la suivit toujours en la fixant de cette façon. Et si ma mère - chose rare - sortait, il fallait l'enfermer dans les cabinets, parce qu'elle refusait de se détacher d'elle. Et dans ces cabi­nets elle hurlait, elle s'arrachait les cheveux, elle se tapait la tête contre les murs jusqu'à ce qu'elle, ma mère, revienne, la prenne dans ses bras et la caresse sans rien dire. Pendant des années je l'avais entendue hurler ainsi sans y faire attention, jusqu'au jour où, fatiguée de traîner ce bois, m'étant jetée par terre, je ressentis à l'en­tendre crier comme une douceur dans tout le corps. Douceur qui bientôt se transforma en frissons de plai­sir, si bien que peu à peu, tous les jours je commençai à espérer que ma mère sorte pour pouvoir écouter, l'oreille à la porte des cabinets, et jouir de ces hurlements. Quand ça arrivait, je fermais les yeux et j'imaginais qu'elle se déchirait la chair, qu'elle se blessait. Et ce fut ainsi qu'en suivant mes mains poussées par les hur­lements je découvris, en me touchant là d'où sort le pipi, que l'on éprouvait ainsi une jouissance plus grande qu'en mangeant le pain frais, les fruits. Ma mère disait que ma soeur Tina, «La croix que Dieu nous a justement envoyée à cause de la méchanceté de ton père», avait vingt ans ; mais elle était grande comme moi, et si grosse qu'on aurait dit, si on avait pu lui enlever la tête, la malle toujours fermée de mon grand-père : «Un damné, plus encore que son fils...», qui avait été marin. Quel métier c'était que celui de marin, je n'arrivais pas à le comprendre. Tuzzu disait que c'étaient des gens qui vivaient sur les bateaux et allaient sur la mer... mais qu'est-ce que c'était que la mer ? On aurait vraiment dit la cantine de notre grand-père, Tina, et quand je m'ennuyais je fermais les yeux et lui détachais la tête du corps. Si elle avait vingt ans et était une femme, toutes les femmes à vingt ans devaient sûrement deven Afficher moinsAfficher plus

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Détails du livre

Titre complet
ART DE LA JOIE
Editeur
Format
Poche
Publication
03 mars 2008
Traduction
Castagné, Nathalie
Audience
Adulte - Grand Public
Pages
835
Taille
18 x 11 x 3.5 cm
Poids
430
ISBN-13
9782266178013

Auteur

Livré entre : 15 juin - 18 juin
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