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ENFANT DE L AUTRE

3.9

(73)

Audience : Adulte - Grand Public
Le Pitch
Présentation de l'éditeur Les âpres paysages des vallées de la Meuse des années 1940 sont le cadre de vie de la jeune Agathe. Tout lui promettait le pire des destins : une mère morte en couches, un père indifférent, la solitude et la haine pour tout horizon. Mais Agathe se révèle peu à peu un modèle de courage et d'intelligence. Comment vaincre une belle-mère cruelle, regagner l'amour d'un père indigne, déjouer les dangers de l'Occupation et redonner vie, avec acharnement, à la ferme familiale à demi ruinée ? Une mauvaise étoile peut-elle se mettre à briller ? «D'une écriture sobre, Henriette Bernier signe une page émouvante de l'histoire des femmes silencieuses, mais courageuses.» Côté Femme «C'est bon comme du Bernier : simple, sensible, limpide.» Le Républicain Lorrain Extrait Pour la troisième fois au moins depuis qu'il avait commencé la traite des vaches, une douzaine de belles pie noir, Etienne interrompait son travail, traversait la cour, ôtait ses bottes à la porte de la cuisine, entrait et s'avançait jusqu'au seuil de la chambre, qu'il ne franchissait pas. Pas question de s'approcher du lit dans sa tenue de travail, veste et pantalon de coutil où s'accrochaient encore quelques brins de paille, avec ses mains qui venaient de tirer les mamelles et en gardaient l'odeur et la moiteur acides. Le souci de l'hygiène n'était pas seul à le retenir, il y avait aussi ce mélange de pudeur, d'impuissance et de crainte qui tenait les hommes éloignés de ces choses-là, du domaine des femmes : Odette, son épouse, était dans les douleurs pour la naissance de leur premier enfant. Et le temps se faisait long. Il osa à peine regarder sa femme étendue sur le lit, dont le drap de dessus et les couvertures avaient été ôtés. Juste le temps d'entrevoir la chemise relevée sur les cuisses entrouvertes, l'énorme arrondi du ventre et tout en haut, sur l'oreiller, le visage creusé, les dents serrées, les yeux fermés, les cheveux plaqués de sueur. Pour ne pas paraître trop pressé de sortir, il laissa un moment son regard parcourir la chambre, se poser sur les meubles, la vaste armoire lorraine bien cirée, la commode, la table de toilette au dessus de marbre, le miroir et le nécessaire de faïence, cuvette et broc, et le berceau prévu pour l'enfant. C'était le sien, qui avait servi aussi à sa soeur Jacqueline, ce berceau haut perché et muni de roulettes qu'Odette avait décou­vert au grenier et jugé bien pratique, se contentant d'en changer la garniture et les rideaux de cretonne blanche. Léonie était assise sur une chaise, d'un côté du lit, et la sage-femme, la mère Ambroise, de l'autre côté. Toutes les deux calmes, les mains croisées sur leur tablier, noir pour l'une, blanc pour l'autre. Elles atten­daient. Que pouvaient-elles faire hormis cela, puisque tout était prêt déjà pour le grand moment, l'eau chaude, le linge propre pour la mère et l'enfant ? Léonie se leva et vint jusqu'à son fils qui, de retour dans la cuisine, se servait un verre de vin. - Alors, mère, est-ce que ça avance ? - Doucement, doucement. Il faut prendre patience. Et ce n'est pas de venir comme ça tous les quarts d'heure qui fera aller plus vite. Retourne à ton travail, mon fils, et n'oublie pas, quand tu auras fini de traire et de passer le lait, de renfermer les poules et les canards. Dans le regard d'Etienne, elle devina de l'inquiétude, plus que de l'impatience. - Ne t'en fais pas, il n'y en a plus pour longtemps maintenant, ça va venir, ça va aller... Huit heures environ s'étaient écoulées depuis qu'Odette avait ressenti les premières douleurs, puisque c'était en préparant le repas de midi qu'elle avait été pliée en deux par les premières contractions. Elle avait pu toutefois venir à bout de sa tâche avant la seconde alerte, juste comme Etienne arrivait pour manger. Elle avait mangé avec lui, pris le café, fait sa vais­selle, rangé et balayé sa cuisine, profitant au mieux des moments d'accalmie, s'arrêtant, une main crispée au coin de la table, du buffet, l Afficher moinsAfficher plus

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Présentation de l'éditeur Les âpres paysages des vallées de la Meuse des années 1940 sont le cadre de vie de la jeune Agathe. Tout lui promettait le pire des destins : une mère morte en couches, un père indifférent, la solitude et la haine pour tout horizon. Mais Agathe se révèle peu à peu un modèle de courage et d'intelligence. Comment vaincre une belle-mère cruelle, regagner l'amour d'un père indigne, déjouer les dangers de l'Occupation et redonner vie, avec acharnement, à la ferme familiale à demi ruinée ? Une mauvaise étoile peut-elle se mettre à briller ? «D'une écriture sobre, Henriette Bernier signe une page émouvante de l'histoire des femmes silencieuses, mais courageuses.» Côté Femme «C'est bon comme du Bernier : simple, sensible, limpide.» Le Républicain Lorrain Extrait Pour la troisième fois au moins depuis qu'il avait commencé la traite des vaches, une douzaine de belles pie noir, Etienne interrompait son travail, traversait la cour, ôtait ses bottes à la porte de la cuisine, entrait et s'avançait jusqu'au seuil de la chambre, qu'il ne franchissait pas. Pas question de s'approcher du lit dans sa tenue de travail, veste et pantalon de coutil où s'accrochaient encore quelques brins de paille, avec ses mains qui venaient de tirer les mamelles et en gardaient l'odeur et la moiteur acides. Le souci de l'hygiène n'était pas seul à le retenir, il y avait aussi ce mélange de pudeur, d'impuissance et de crainte qui tenait les hommes éloignés de ces choses-là, du domaine des femmes : Odette, son épouse, était dans les douleurs pour la naissance de leur premier enfant. Et le temps se faisait long. Il osa à peine regarder sa femme étendue sur le lit, dont le drap de dessus et les couvertures avaient été ôtés. Juste le temps d'entrevoir la chemise relevée sur les cuisses entrouvertes, l'énorme arrondi du ventre et tout en haut, sur l'oreiller, le visage creusé, les dents serrées, les yeux fermés, les cheveux plaqués de sueur. Pour ne pas paraître trop pressé de sortir, il laissa un moment son regard parcourir la chambre, se poser sur les meubles, la vaste armoire lorraine bien cirée, la commode, la table de toilette au dessus de marbre, le miroir et le nécessaire de faïence, cuvette et broc, et le berceau prévu pour l'enfant. C'était le sien, qui avait servi aussi à sa soeur Jacqueline, ce berceau haut perché et muni de roulettes qu'Odette avait décou­vert au grenier et jugé bien pratique, se contentant d'en changer la garniture et les rideaux de cretonne blanche. Léonie était assise sur une chaise, d'un côté du lit, et la sage-femme, la mère Ambroise, de l'autre côté. Toutes les deux calmes, les mains croisées sur leur tablier, noir pour l'une, blanc pour l'autre. Elles atten­daient. Que pouvaient-elles faire hormis cela, puisque tout était prêt déjà pour le grand moment, l'eau chaude, le linge propre pour la mère et l'enfant ? Léonie se leva et vint jusqu'à son fils qui, de retour dans la cuisine, se servait un verre de vin. - Alors, mère, est-ce que ça avance ? - Doucement, doucement. Il faut prendre patience. Et ce n'est pas de venir comme ça tous les quarts d'heure qui fera aller plus vite. Retourne à ton travail, mon fils, et n'oublie pas, quand tu auras fini de traire et de passer le lait, de renfermer les poules et les canards. Dans le regard d'Etienne, elle devina de l'inquiétude, plus que de l'impatience. - Ne t'en fais pas, il n'y en a plus pour longtemps maintenant, ça va venir, ça va aller... Huit heures environ s'étaient écoulées depuis qu'Odette avait ressenti les premières douleurs, puisque c'était en préparant le repas de midi qu'elle avait été pliée en deux par les premières contractions. Elle avait pu toutefois venir à bout de sa tâche avant la seconde alerte, juste comme Etienne arrivait pour manger. Elle avait mangé avec lui, pris le café, fait sa vais­selle, rangé et balayé sa cuisine, profitant au mieux des moments d'accalmie, s'arrêtant, une main crispée au coin de la table, du buffet, l Afficher moinsAfficher plus

Détails du livre

Titre complet
ENFANT DE L AUTRE
Auteur
Editeur
Format
Poche
Publication
15 novembre 2007
Audience
Adulte - Grand Public
Pages
252
Taille
18 x 11 x 1 cm
Poids
130
ISBN-13
9782266156455
Livré entre : 15 juin - 18 juin
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