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Le rêve de Djamila

4.0

(5)

Audience : Adulte - Grand Public
Le Pitch
Sommaire Aïcha attend. Elle sait qu'elle va être frappée, que Souliman rentre saoul. La violence est sa vie quotidienne. Rares sont les jours qu'elle passe sans coups ni insultes. Elle a les cris, les coups, les brûlures de cigarette sur les bras. J'ai appris à voir les angoisses, les souffrances de ma mère et de ma grand-mère. J'ai en moi des douleurs, désormais, car tout y est enfoui profondément. Pourtant, il y a autour d'elles tant d'hommes et de femmes. Mais personne ne bouge, chacun reste cloîtré dans sa pièce. Il y a les gens qui se cachent, ceux qui se taisent. Ils refusent de voir. Au début, ils sont intervenus pour protéger Aïcha, ils ont sermonné Souliman. Puis ils ont vécu avec. Mohand Mbouleha, un jeune homme nerveux, a tenté d'arrêter Souliman qui frappait Aïcha avec une planche de bois remplie de clous. Elle était au sol, elle hurlait. Elle saignait. Mohand Mbouleha a repoussé souliman en lui arrachant la planche de bois. Tu ne te comportes pas en musulman, va dormir et laisse ta femme tranquille. Cela finira mal, un jour, tu la tueras et tu finiras tes jours en prison. Tu devrais avoir honte. Maché chrelé, ce ne sont pas tes affaires, Souliman montre les poings. Aïcha est assise. Souliman lui cherche des histoires. Lui demande de le servir, trouve le repas trop salé. Il se lève et la frappe au visage, sur le corps. Puis il frappe sa fille, il frappe Djamila. Il tombe ensuite d'un profond sommeil et se réveille en pleurant. À l'arrivée de Souliman, le bidonville est immobile. On craint sa colère, sa foudre. La violence approche, la peur vient, vous envahit de la tête aux pieds. Aïcha se met à trembler, les enfants pleurent. Plus d'une fois, j'ai cru que c'était la mort qui arrivait, qui tournait autour de ma grand-mère, autour de ses enfants. Silence, le fou arrive. Je l'appelle maboule, le fou en kabyle. Du haut de mes dix ans, je lui tiens tête. Il croit être un homme,alekez, homme en kabyle, c'est unchetan, un diable. Ma mère me dit, j'ai peur, Je lui dis : Il faut appeler la police et l'emmener à l'asile de fous. Elle dit :Achouma, quelle honte, on n'appelle pas la police, on ne porte pas plainte contre un membre de sa famille. Il faut faire quelque chose quand on a peur. Tais-toi, on ne parle pas comme cela de son grand-père. Ton grand-père est envoûté, ce n'est pas sa faute. Il a connu des femmes qui lui ont fait de la sorcellerie. Ma mère priait, pleurait, tremblait. J'ai osé, un jour, prendre une craie et écrire sur une vitre d'une très grande fenêtre qui donnait dans la rue. Quelques lignes, j'écrivais son nom et je disais qu'il était fou et méchant. Les mots écrits à la craie sont restés là. Peine perdue, les passants ne regardaient jamais du côté du bidonville. La vitre est devenue mon journal. Je raconte les violences de Souliman. Mais un jour, il me surprend. Il appelle un cousin plus âgé que moi pour lui lire les textes. Il me gifle avec une telle force que je suis projetée contre le mur, sonnée. Je redresse la tête et je le regarde droit dans les yeux en l'insultant :maché alkez, tu n'es pas un homme. Il est dans une rage terrible. À nouveau, il lève la main. Mais alors, je vois ma mère entrer, elle hurle, elle prend une chaise et le menace. Puis, d'un geste rapide, elle me pousse vers la porte et me crie de partir vers l'école. Je sors du bidonville. Je m'installe sur un banc, à regarder les gens passer. Les rues se vident peu à peu et je commence à m'ennuyer de tout ce vide. Il doit être dix heures du soir, j'ai froid et j'ai faim. Il fait nuit, j'ai peur de rentrer, mais j'ai froid et j'ai faim. Je me faufile dans le bidonville, je me glisse le long des palissades et je guette mon grand-père, Souliman. Dieu merci, tu es rentrée ! Je reconnais la voix de ma mère. Elle en pleure d'inquiétude. Pendant des semaines, elle va me cacher chaque fois que mon grand-père rentre. ,Note biographique Fatiha Benatsou, après avoir obtenu un master en ingénierie des affaires à l'École polytechnique féminine, a occupé différents postes à responsabilité dans l'informatique et le logement social. Nommée en 2004 au Conseil économique, social et environnemental, elle rejoint en 2005 le cabinet du ministre des Anciens combattants comme conseillère technique chargée de la mémoire. Depuis 2006, elle est chargée de mission pour l'insertion sociale et professionnelle des jeunes. ,Présentation L'itinéraire d'une femme exceptionnelle, militante de l'insertion et actrice de la vie politique. Haut fonctionnaire, membre du Conseil économique, social et environnemental, chargée de mission auprès du ministère de la Défense, Fatiha Benatsou raconte le bidonville où elle a passé son enfance, à Villepinte. Elle se souvient du taudis insalubre où elle a vécu quatorze ans, avec ses parents, émigrés kabyles, et ses sept frères et sœurs entassés dans quinze mètres carrés. Brutalisée par un mari alcoolique, enfermée dans le bidonville dont elle ne sort que pour accoucher, la grand-mère de Fatiha, Aïcha, n'imagine pas d'autre vie. Mais la mort de sa fille Dajmila à l'âge de trente-deux ans change tout : sa propre soumission et celle de Djamila lui paraissent tout à coup insupportables. Malgré les tabous, au risque de sa vie, elle quitte son mari et le bidonville en emmenant Fatiha avec elle. Huit années après Aïcha, Fatiha trouve à son tour la force de dire non à la tradition, non à la soumission. À l'âge de vingt-deux ans, elle annonce à l'homme auquel elle a été mariée sa décision de faire des études et s'inscrit à des cours du soir. Le parcours sera long et difficile, parfois humiliant, parfois exaltant, mais jamais elle ne reniera ses origines. L'action sociale et politique qu'elle mène aujourd'hui, au sein des gouvernements successifs autant que dans le milieu associatif, est indissociable de sa révolte et de celle de sa grand-mère.Le Rêve de Djamilaest l'hommage qu'elle rend à cette femme qui a refusé la reproduction de l'asservissement de mère en fille, et dont le courage a finalement brisé l'engrenage de l'oppression. Afficher moinsAfficher plus

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Sommaire Aïcha attend. Elle sait qu'elle va être frappée, que Souliman rentre saoul. La violence est sa vie quotidienne. Rares sont les jours qu'elle passe sans coups ni insultes. Elle a les cris, les coups, les brûlures de cigarette sur les bras. J'ai appris à voir les angoisses, les souffrances de ma mère et de ma grand-mère. J'ai en moi des douleurs, désormais, car tout y est enfoui profondément. Pourtant, il y a autour d'elles tant d'hommes et de femmes. Mais personne ne bouge, chacun reste cloîtré dans sa pièce. Il y a les gens qui se cachent, ceux qui se taisent. Ils refusent de voir. Au début, ils sont intervenus pour protéger Aïcha, ils ont sermonné Souliman. Puis ils ont vécu avec. Mohand Mbouleha, un jeune homme nerveux, a tenté d'arrêter Souliman qui frappait Aïcha avec une planche de bois remplie de clous. Elle était au sol, elle hurlait. Elle saignait. Mohand Mbouleha a repoussé souliman en lui arrachant la planche de bois. Tu ne te comportes pas en musulman, va dormir et laisse ta femme tranquille. Cela finira mal, un jour, tu la tueras et tu finiras tes jours en prison. Tu devrais avoir honte. Maché chrelé, ce ne sont pas tes affaires, Souliman montre les poings. Aïcha est assise. Souliman lui cherche des histoires. Lui demande de le servir, trouve le repas trop salé. Il se lève et la frappe au visage, sur le corps. Puis il frappe sa fille, il frappe Djamila. Il tombe ensuite d'un profond sommeil et se réveille en pleurant. À l'arrivée de Souliman, le bidonville est immobile. On craint sa colère, sa foudre. La violence approche, la peur vient, vous envahit de la tête aux pieds. Aïcha se met à trembler, les enfants pleurent. Plus d'une fois, j'ai cru que c'était la mort qui arrivait, qui tournait autour de ma grand-mère, autour de ses enfants. Silence, le fou arrive. Je l'appelle maboule, le fou en kabyle. Du haut de mes dix ans, je lui tiens tête. Il croit être un homme,alekez, homme en kabyle, c'est unchetan, un diable. Ma mère me dit, j'ai peur, Je lui dis : Il faut appeler la police et l'emmener à l'asile de fous. Elle dit :Achouma, quelle honte, on n'appelle pas la police, on ne porte pas plainte contre un membre de sa famille. Il faut faire quelque chose quand on a peur. Tais-toi, on ne parle pas comme cela de son grand-père. Ton grand-père est envoûté, ce n'est pas sa faute. Il a connu des femmes qui lui ont fait de la sorcellerie. Ma mère priait, pleurait, tremblait. J'ai osé, un jour, prendre une craie et écrire sur une vitre d'une très grande fenêtre qui donnait dans la rue. Quelques lignes, j'écrivais son nom et je disais qu'il était fou et méchant. Les mots écrits à la craie sont restés là. Peine perdue, les passants ne regardaient jamais du côté du bidonville. La vitre est devenue mon journal. Je raconte les violences de Souliman. Mais un jour, il me surprend. Il appelle un cousin plus âgé que moi pour lui lire les textes. Il me gifle avec une telle force que je suis projetée contre le mur, sonnée. Je redresse la tête et je le regarde droit dans les yeux en l'insultant :maché alkez, tu n'es pas un homme. Il est dans une rage terrible. À nouveau, il lève la main. Mais alors, je vois ma mère entrer, elle hurle, elle prend une chaise et le menace. Puis, d'un geste rapide, elle me pousse vers la porte et me crie de partir vers l'école. Je sors du bidonville. Je m'installe sur un banc, à regarder les gens passer. Les rues se vident peu à peu et je commence à m'ennuyer de tout ce vide. Il doit être dix heures du soir, j'ai froid et j'ai faim. Il fait nuit, j'ai peur de rentrer, mais j'ai froid et j'ai faim. Je me faufile dans le bidonville, je me glisse le long des palissades et je guette mon grand-père, Souliman. Dieu merci, tu es rentrée ! Je reconnais la voix de ma mère. Elle en pleure d'inquiétude. Pendant des semaines, elle va me cacher chaque fois que mon grand-père rentre. ,Note biographique Fatiha Benatsou, après avoir obtenu un master en ingénierie des affaires à l'École polytechnique féminine, a occupé différents postes à responsabilité dans l'informatique et le logement social. Nommée en 2004 au Conseil économique, social et environnemental, elle rejoint en 2005 le cabinet du ministre des Anciens combattants comme conseillère technique chargée de la mémoire. Depuis 2006, elle est chargée de mission pour l'insertion sociale et professionnelle des jeunes. ,Présentation L'itinéraire d'une femme exceptionnelle, militante de l'insertion et actrice de la vie politique. Haut fonctionnaire, membre du Conseil économique, social et environnemental, chargée de mission auprès du ministère de la Défense, Fatiha Benatsou raconte le bidonville où elle a passé son enfance, à Villepinte. Elle se souvient du taudis insalubre où elle a vécu quatorze ans, avec ses parents, émigrés kabyles, et ses sept frères et sœurs entassés dans quinze mètres carrés. Brutalisée par un mari alcoolique, enfermée dans le bidonville dont elle ne sort que pour accoucher, la grand-mère de Fatiha, Aïcha, n'imagine pas d'autre vie. Mais la mort de sa fille Dajmila à l'âge de trente-deux ans change tout : sa propre soumission et celle de Djamila lui paraissent tout à coup insupportables. Malgré les tabous, au risque de sa vie, elle quitte son mari et le bidonville en emmenant Fatiha avec elle. Huit années après Aïcha, Fatiha trouve à son tour la force de dire non à la tradition, non à la soumission. À l'âge de vingt-deux ans, elle annonce à l'homme auquel elle a été mariée sa décision de faire des études et s'inscrit à des cours du soir. Le parcours sera long et difficile, parfois humiliant, parfois exaltant, mais jamais elle ne reniera ses origines. L'action sociale et politique qu'elle mène aujourd'hui, au sein des gouvernements successifs autant que dans le milieu associatif, est indissociable de sa révolte et de celle de sa grand-mère.Le Rêve de Djamilaest l'hommage qu'elle rend à cette femme qui a refusé la reproduction de l'asservissement de mère en fille, et dont le courage a finalement brisé l'engrenage de l'oppression. Afficher moinsAfficher plus

Détails du livre

Titre complet
Le Rêve de Djamila
Format
Broché
Publication
26 février 2009
Audience
Adulte - Grand Public
Pages
196
Taille
19.8 x 13.2 x 1.6 cm
Poids
213
ISBN-13
9782221111284

Auteur

Livré entre : 10 juin - 13 juin
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