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Le premier homme de ma vie onze femmes racontent leur père

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Audience : Adulte - Grand Public
Le Pitch
Sommaire (Michelle Bernier - Extraits)Quel était le mode de vie de la famille Bernier ? Quand je suis née, mes parents vendaient tous les deux des journaux dans la rue. J'ai l'impression de ne pas les avoir vus beaucoup : ils passaient de temps en temps, m'embrassaient goulûment, et repartaient aussi vite. J'ai eu beaucoup de nounous différentes parce qu'il n'y avait pas de grand-mère à Paris. Je me souviensde l'une d'entre elles, qui me trouvait trop sage, m'avait donné une fessée à cause de ça. C'est vrai, j'étais gentille, très calme, je ne faisais pas de bêtises. On me disait : " Assieds-toi là ", je m'asseyais, je n'allais jamais braver les interdits. Quand j'ai raconté l'histoire de la fessée à mes parents, ils l'ont viréemanu militariet ensuite j'ai décidé que je ne voulais plus personne pour me garder. Pendant presque un an, je suis restée toute seule.Hara-Kiriavait commencé à cette époque. Souvent le soir, je me couchais dans le lit de mes parents en les attendant, pour être sûre de les voir quand ils rentreraient. Et, à leur retour, ils me trouvaient endormie, à poings fermés, mon père me portait dans mon lit. À chaque fois, ma mère disait : " M'enfin quand même, on va pas la porter comme ça jusqu'à vingt ans ! ", et mon père répondait : " Mais laisse-là, tu verras quand elle partira comme on va la regretter. " Il avait un côté gentil, attendri envers moi. Et puis il avait ramené d'Indochine une passion pour la cuisine vietnamienne : sa joie, c'était de faire à manger pour nous, et plus tard pour mes propres enfants : " Hé, les enfants, ça vous dirait pas des bons macaronis au gratin ? ", il y passait des heures. Il aimait nous voir nous régaler, il était attentif au plaisir qu'il pouvait nous donner. Je crois qu'il avait besoin de se préserver ces petites bulles de détente et de bien-être pour pouvoir supporter la vie trépidante qu'il menait par ailleurs. Dans votre enfance, la solitude domine. Ne vous a-t-elle pas trop pesée ? Quand j'en avais marre d'être toute seule, la concierge appelait un taxi pour moi. Je montais tranquillement dans le taxi et je disais : " 4 rue Choron dans le 9e, s'il vous plaît. " Comme je devais avoir environ six ans, les chauffeurs de taxi croyaient toujours qu'un adulte allait arriver... et pas du tout. Ils me disaient, effarés : " T'es toute seule ? ", et moi je sortais tranquillement mon billet de cinq francs de la poche, et je payais. Je rejoignais mes parents et je restais avec eux. C'est comme ça que j'ai vu l'ambiance au bureau, les vendeurs du journal qui rentraient de leur tournée... Et j'ai participé aux fêtes : tous les samedis soir pour clôre la semaine de vente dans la rue, il y avait un orchestre qui venait. Et j'allais en boîte de nuit avec mes parents, je dormais sur les fauteuils. Mais ce n'était pas comme ça toutes les semaines. J'était très liée avec ma mère, qui essayait de rentrer un peu plus tôt le soir : on restait souvent toutes les deux, on partageait notre solitude sans lui, quand il rentrait tard... On était extrêmement complices. Ce n'étaient pas des parents copains, on était juste heureux d'être ensemble. Mais à onze ans, j'ai demandé à partir en pension, sans doute pour rompre cette solitude. Ils ne m'ont jamais rien refusé, mais cette demande a été un choc. [...] Quel couple professionnel et amoureux formaient vos parents ? Ils s'étaient trouvés. Maman travaillait avec papa, elle s'occupait de tout l'administratif : les abonnements, le téléphone, la gestion quotidienne... Elle lui facilitait la vie pour qu'il puisse faire son boulot. Ils ont toujours bossé ensemble, ils s'étaient rencontrés en vendant des journaux dans la rue. Malgré tout ce que pouvaient entraîner les excès, l'alcool, la folie, la passion, la jeunesse, c'était un couple très uni. Quand je voyais des choses que je n'avais pas envie de voir, je baissais la tête. Ce que je retiens, c'est que, même lorsqu'il y avait des difficultés, ils se parlaient bien. Je crois qu'ils étaient sexuellement heureux, et très amoureux. Ils sont restés ensembletrente-huit ans. Quand avez-vous compris de quoi il était question dansHara Kiri? Attention, je n'étais pas en pâture au milieu d'un tas de dingues ! On m'a beaucoup protégée, je ne voyais pas trop ce qu'ils faisaient. J'ai participé à un ou deux romans photo pour le journal, quand ils avaient besoin d'une petite fille, mais c'était archisoft : du styleCosette, écrit par Topor, Cavanna y jouait un personnage, ce n'était pas du tout sulfureux. C'est à l'adolescence que je me suis rendue compte de ce qu'étaientHara KiripuisCharlie Hebdo. Notamment parce que, au collège, il y a eu toute une période où l'on m'a détestée. Il faut dire que ce que faisait mon père ne se faisait pas, il avait une image publique très forte, et j'avais des amis dont les parents disaient : " Je ne veux pas que tu fréquentes cette fille. " Je ne comprenais pas cette mise à l'écart. Ce que disait ou faisait mon père, pour moi ce n'était ni bien ni mal... J'aurais été incapable de porter un jugement moral. Et je l'ai toujours défendu, même quand parfois j'ai trouvé qu'il allait loin, qu'il n'était pas gentil avec certaines personnes... mais je savais que l'alcool y était pour beaucoup. Je me souviens de moments où je ne savais plus où me mettre, je ne faisais plus qu'un avec lui. Par exemple quand il faisait des émissions de télé et qu'il partait en vrille : je le regardais et je me disais : " Ça y est, il ne se contrôle plus, il a dit la phrase de trop, comment on va rattraper ça, demain je vais en entendre parler... " Quand il se contrôlait, je le trouvais brillant, intelligent, drôle. Et quand je voyais les gens hurler après lui, je le considérais toujours comme un incompris. Avez-vous souffert de son côté provocateur ? À un moment, il a chanté à l'Olympia, en première partie du groupe Odeurs de Ramon Pipin ? un groupe qui s'appelait avant Au bonheur des dames. Moi, j'étais sa groupie, je l'ai suivi partout pendant sa tournée. Quand les gens le sifflaient, le huaient, ne comprenaient pas ce qu'il faisait, ça me rendait hystérique. Je n'arrêtais pas de leur dire de se taire, de le laisser tranquille. Au fond, j'ai protégé mon père, je connaissais ses débordements et ses délires, car je comprenais bien d'où venait son agressivité et son indignation permanentes. J'ai toujours pensé qu'on ne peut pas s'occuper du monde, je veux dire de l'humanité ? comme lui l'a fait ou comme Raiser ou Cavanna l'ont fait ? sans l'aimer. Autrement, on n'emmerde pas les gens pour qu'ils deviennent plus intelligents, on les laisse tranquilles ! Or, chez mon père et ses copains, il n'y avait aucune envie de faire carrière, ni de se dorer le blason, ni de passer à la postérité : ils avaient juste envie de faire bouger les choses, les esprits, les mentalités, et je pense qu'il faut être généreux pour faire ça. Parfois c'est allé un peu trop loin... On est bien d'accord, c'est clair, mais avant de faire comprendre ça, c'est long et difficile. Les gens que je croise aujourd'hui qui l'ont connu, qui l'ont souvent méprisé ou détesté, les mêmes qui ne lui auraient pas tendu un demi-orteil pour le sortir de la merde, viennent me dire aujourd'hui : " Ah, votre papa, je l'adorais, c'était quelqu'un ! " Alors je ne réponds pas parce que je ne suis pas comme mon père. Lui aurait répondu : " Va te faire foutre, crève ! " Je le sais et en même temps je me dis que c'est bien, qu'ils viennent faire amende honorable : et c'est pour moi qu'ils le font. Avez-vous le sentiment qu'il était fragile ? Je crois que mon père était un grand sentimental : il se faisait beaucoup de soucis, c'était un homme angoissé, et en même temps il était une sorte de dictateur, il fallait toujours qu'on pense comme lui. Moi, j'avais un peu plus de chance, j'avais un peu le droit de penser autrement. Mais c'était difficile d'exister à côté de lui. D'ailleurs, jusqu'à sa mort, son avis restait primordial. Je pense que si je m'en suis sortie face à lui, c'est parce que j'ai réussi à garder mon intégrité de femme et d'adulte : je faisais quand même ce que je voulais. Et il m'y a aidée aussi car il ne m'a jamais critiquée. Ou alors, quand il me critiquait, c'était longtemps après, quand c'était fini, du style : " J'ai moins aimé quand tu as fait ça, mais bon... " Mais si je lui avais dit : " Je vais faire des claquettes avec un unijambiste ", il m'aurait dit : " C'est formidable ! " Je pouvais dire, faire n'importe quoi, c'était formidable.Il est venu me voir à tous mes spectacles, absolument tous. A t-il été pour vous un moteur professionnel ? Le fait d'être " la fille de " donne sûrement l'envie d'épater ses parents, j'avais envie de l'impressionner. En plus, il m'a encouragée dans cette voie, en me répétant : " Peu importe ce que tu feras dans la vie, mais ne suis jamais personne, sois toujours celle qui entraîne, sois toujours devant, quoi que tu fasses ! " Après 1968, à l'âge de quatorze, quinze ans, on était tous révoltés, et je disais : " Un jour, j'irai travailler à l'usine. " Il me répondait : " Oui, tu iras travailler à l'usine mais alors tu rentreras au syndicat. Et tu deviendras chef du syndicat, c'est comme ça qu'on fait avancer les choses, tu ne seras jamais un mouton ! " Et chaque fois que je parlais de projets professionnels, il me tenait le même discours. Ça, c'était lourd à porter, car çaplaçait la barre très haut. [...] Avez-vous le sentiment d'avoir choisi des hommes qui ressemblaient à votre papa ? Bruno Gaccio c'est évident, le côté contestataire, peur de rien, voyou, grande gueule... Quand je l'ai vu, j'ai eu un truc au cœur... ça s'appelle un coup de foudre, je crois. [...] Avec Bruno, ils se sont entendus à merveille parce qu'ils n'étaient pas loin l'un de l'autre. On les posait à côté et ça partait au quart de tour, c'était génial d'ailleurs. Bruno et papa avaient beaucoup de points communs, il y avait aussi un peu le côté " maître qui apprend à l'élève ". Je pense que Bruno lui faisait penser à lui... Afficher moinsAfficher plus

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Sommaire (Michelle Bernier - Extraits)Quel était le mode de vie de la famille Bernier ? Quand je suis née, mes parents vendaient tous les deux des journaux dans la rue. J'ai l'impression de ne pas les avoir vus beaucoup : ils passaient de temps en temps, m'embrassaient goulûment, et repartaient aussi vite. J'ai eu beaucoup de nounous différentes parce qu'il n'y avait pas de grand-mère à Paris. Je me souviensde l'une d'entre elles, qui me trouvait trop sage, m'avait donné une fessée à cause de ça. C'est vrai, j'étais gentille, très calme, je ne faisais pas de bêtises. On me disait : " Assieds-toi là ", je m'asseyais, je n'allais jamais braver les interdits. Quand j'ai raconté l'histoire de la fessée à mes parents, ils l'ont viréemanu militariet ensuite j'ai décidé que je ne voulais plus personne pour me garder. Pendant presque un an, je suis restée toute seule.Hara-Kiriavait commencé à cette époque. Souvent le soir, je me couchais dans le lit de mes parents en les attendant, pour être sûre de les voir quand ils rentreraient. Et, à leur retour, ils me trouvaient endormie, à poings fermés, mon père me portait dans mon lit. À chaque fois, ma mère disait : " M'enfin quand même, on va pas la porter comme ça jusqu'à vingt ans ! ", et mon père répondait : " Mais laisse-là, tu verras quand elle partira comme on va la regretter. " Il avait un côté gentil, attendri envers moi. Et puis il avait ramené d'Indochine une passion pour la cuisine vietnamienne : sa joie, c'était de faire à manger pour nous, et plus tard pour mes propres enfants : " Hé, les enfants, ça vous dirait pas des bons macaronis au gratin ? ", il y passait des heures. Il aimait nous voir nous régaler, il était attentif au plaisir qu'il pouvait nous donner. Je crois qu'il avait besoin de se préserver ces petites bulles de détente et de bien-être pour pouvoir supporter la vie trépidante qu'il menait par ailleurs. Dans votre enfance, la solitude domine. Ne vous a-t-elle pas trop pesée ? Quand j'en avais marre d'être toute seule, la concierge appelait un taxi pour moi. Je montais tranquillement dans le taxi et je disais : " 4 rue Choron dans le 9e, s'il vous plaît. " Comme je devais avoir environ six ans, les chauffeurs de taxi croyaient toujours qu'un adulte allait arriver... et pas du tout. Ils me disaient, effarés : " T'es toute seule ? ", et moi je sortais tranquillement mon billet de cinq francs de la poche, et je payais. Je rejoignais mes parents et je restais avec eux. C'est comme ça que j'ai vu l'ambiance au bureau, les vendeurs du journal qui rentraient de leur tournée... Et j'ai participé aux fêtes : tous les samedis soir pour clôre la semaine de vente dans la rue, il y avait un orchestre qui venait. Et j'allais en boîte de nuit avec mes parents, je dormais sur les fauteuils. Mais ce n'était pas comme ça toutes les semaines. J'était très liée avec ma mère, qui essayait de rentrer un peu plus tôt le soir : on restait souvent toutes les deux, on partageait notre solitude sans lui, quand il rentrait tard... On était extrêmement complices. Ce n'étaient pas des parents copains, on était juste heureux d'être ensemble. Mais à onze ans, j'ai demandé à partir en pension, sans doute pour rompre cette solitude. Ils ne m'ont jamais rien refusé, mais cette demande a été un choc. [...] Quel couple professionnel et amoureux formaient vos parents ? Ils s'étaient trouvés. Maman travaillait avec papa, elle s'occupait de tout l'administratif : les abonnements, le téléphone, la gestion quotidienne... Elle lui facilitait la vie pour qu'il puisse faire son boulot. Ils ont toujours bossé ensemble, ils s'étaient rencontrés en vendant des journaux dans la rue. Malgré tout ce que pouvaient entraîner les excès, l'alcool, la folie, la passion, la jeunesse, c'était un couple très uni. Quand je voyais des choses que je n'avais pas envie de voir, je baissais la tête. Ce que je retiens, c'est que, même lorsqu'il y avait des difficultés, ils se parlaient bien. Je crois qu'ils étaient sexuellement heureux, et très amoureux. Ils sont restés ensembletrente-huit ans. Quand avez-vous compris de quoi il était question dansHara Kiri? Attention, je n'étais pas en pâture au milieu d'un tas de dingues ! On m'a beaucoup protégée, je ne voyais pas trop ce qu'ils faisaient. J'ai participé à un ou deux romans photo pour le journal, quand ils avaient besoin d'une petite fille, mais c'était archisoft : du styleCosette, écrit par Topor, Cavanna y jouait un personnage, ce n'était pas du tout sulfureux. C'est à l'adolescence que je me suis rendue compte de ce qu'étaientHara KiripuisCharlie Hebdo. Notamment parce que, au collège, il y a eu toute une période où l'on m'a détestée. Il faut dire que ce que faisait mon père ne se faisait pas, il avait une image publique très forte, et j'avais des amis dont les parents disaient : " Je ne veux pas que tu fréquentes cette fille. " Je ne comprenais pas cette mise à l'écart. Ce que disait ou faisait mon père, pour moi ce n'était ni bien ni mal... J'aurais été incapable de porter un jugement moral. Et je l'ai toujours défendu, même quand parfois j'ai trouvé qu'il allait loin, qu'il n'était pas gentil avec certaines personnes... mais je savais que l'alcool y était pour beaucoup. Je me souviens de moments où je ne savais plus où me mettre, je ne faisais plus qu'un avec lui. Par exemple quand il faisait des émissions de télé et qu'il partait en vrille : je le regardais et je me disais : " Ça y est, il ne se contrôle plus, il a dit la phrase de trop, comment on va rattraper ça, demain je vais en entendre parler... " Quand il se contrôlait, je le trouvais brillant, intelligent, drôle. Et quand je voyais les gens hurler après lui, je le considérais toujours comme un incompris. Avez-vous souffert de son côté provocateur ? À un moment, il a chanté à l'Olympia, en première partie du groupe Odeurs de Ramon Pipin ? un groupe qui s'appelait avant Au bonheur des dames. Moi, j'étais sa groupie, je l'ai suivi partout pendant sa tournée. Quand les gens le sifflaient, le huaient, ne comprenaient pas ce qu'il faisait, ça me rendait hystérique. Je n'arrêtais pas de leur dire de se taire, de le laisser tranquille. Au fond, j'ai protégé mon père, je connaissais ses débordements et ses délires, car je comprenais bien d'où venait son agressivité et son indignation permanentes. J'ai toujours pensé qu'on ne peut pas s'occuper du monde, je veux dire de l'humanité ? comme lui l'a fait ou comme Raiser ou Cavanna l'ont fait ? sans l'aimer. Autrement, on n'emmerde pas les gens pour qu'ils deviennent plus intelligents, on les laisse tranquilles ! Or, chez mon père et ses copains, il n'y avait aucune envie de faire carrière, ni de se dorer le blason, ni de passer à la postérité : ils avaient juste envie de faire bouger les choses, les esprits, les mentalités, et je pense qu'il faut être généreux pour faire ça. Parfois c'est allé un peu trop loin... On est bien d'accord, c'est clair, mais avant de faire comprendre ça, c'est long et difficile. Les gens que je croise aujourd'hui qui l'ont connu, qui l'ont souvent méprisé ou détesté, les mêmes qui ne lui auraient pas tendu un demi-orteil pour le sortir de la merde, viennent me dire aujourd'hui : " Ah, votre papa, je l'adorais, c'était quelqu'un ! " Alors je ne réponds pas parce que je ne suis pas comme mon père. Lui aurait répondu : " Va te faire foutre, crève ! " Je le sais et en même temps je me dis que c'est bien, qu'ils viennent faire amende honorable : et c'est pour moi qu'ils le font. Avez-vous le sentiment qu'il était fragile ? Je crois que mon père était un grand sentimental : il se faisait beaucoup de soucis, c'était un homme angoissé, et en même temps il était une sorte de dictateur, il fallait toujours qu'on pense comme lui. Moi, j'avais un peu plus de chance, j'avais un peu le droit de penser autrement. Mais c'était difficile d'exister à côté de lui. D'ailleurs, jusqu'à sa mort, son avis restait primordial. Je pense que si je m'en suis sortie face à lui, c'est parce que j'ai réussi à garder mon intégrité de femme et d'adulte : je faisais quand même ce que je voulais. Et il m'y a aidée aussi car il ne m'a jamais critiquée. Ou alors, quand il me critiquait, c'était longtemps après, quand c'était fini, du style : " J'ai moins aimé quand tu as fait ça, mais bon... " Mais si je lui avais dit : " Je vais faire des claquettes avec un unijambiste ", il m'aurait dit : " C'est formidable ! " Je pouvais dire, faire n'importe quoi, c'était formidable.Il est venu me voir à tous mes spectacles, absolument tous. A t-il été pour vous un moteur professionnel ? Le fait d'être " la fille de " donne sûrement l'envie d'épater ses parents, j'avais envie de l'impressionner. En plus, il m'a encouragée dans cette voie, en me répétant : " Peu importe ce que tu feras dans la vie, mais ne suis jamais personne, sois toujours celle qui entraîne, sois toujours devant, quoi que tu fasses ! " Après 1968, à l'âge de quatorze, quinze ans, on était tous révoltés, et je disais : " Un jour, j'irai travailler à l'usine. " Il me répondait : " Oui, tu iras travailler à l'usine mais alors tu rentreras au syndicat. Et tu deviendras chef du syndicat, c'est comme ça qu'on fait avancer les choses, tu ne seras jamais un mouton ! " Et chaque fois que je parlais de projets professionnels, il me tenait le même discours. Ça, c'était lourd à porter, car çaplaçait la barre très haut. [...] Avez-vous le sentiment d'avoir choisi des hommes qui ressemblaient à votre papa ? Bruno Gaccio c'est évident, le côté contestataire, peur de rien, voyou, grande gueule... Quand je l'ai vu, j'ai eu un truc au cœur... ça s'appelle un coup de foudre, je crois. [...] Avec Bruno, ils se sont entendus à merveille parce qu'ils n'étaient pas loin l'un de l'autre. On les posait à côté et ça partait au quart de tour, c'était génial d'ailleurs. Bruno et papa avaient beaucoup de points communs, il y avait aussi un peu le côté " maître qui apprend à l'élève ". Je pense que Bruno lui faisait penser à lui... Afficher moinsAfficher plus

Détails du livre

Titre complet
Le premier homme de ma vie: Onze femmes racontent leur père
Format
Broché
Publication
13 mars 2008
Audience
Adulte - Grand Public
Pages
236
Taille
21.7 x 13.8 x 2.3 cm
Poids
298
ISBN-13
9782221107942

Auteur

Livré entre : 26 juillet - 29 juillet
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