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Salauds de jeunes

Audience : Adulte - Grand Public
Le Pitch
Sommaire 7 avril 2005, à Lille. La semelle épaisse d'une botte vient s'écraser sur le visage d'un jeune garçon. Une fois, deux fois, trois fois, elle imprime sa marque comme dans du beurre. Le garçon est un lycéen d'une quinzaine d'années en grève contre la loi Fillon, la botte appartient à un CRS à peine plus âgé. La scène, rapide et violente, fleure bon les coups de matraque de 1968 ou les voltigeurs de 1986. Elle se déroule devant les caméras qui font leur miel pour le JT. 14 avril, prime time sur France 2. Au cœur du débat sur la Constitution européenne, Jacques Chirac tente par tous les moyens de redorer la cote du " oui ". Sur les conseils de ses chargés de communication, il choisit de dialoguer en direct à la télévision avec un " panel de jeunes ". Contre toute attente, le président de la République est gravement mis en difficulté. Les jeunes exposent leurs inquiétudes sociales et économiques, le chef de l'État semble les découvrir et peine à donner le change... Un vrai dialogue de sourds. 25 octobre, à Argenteuil. Le ministre de l'Intérieur poursuit tranquillement sa politique répressive et teste à nouveau son " parler-vrai ". En visite dans la périphérie parisienne, Nicolas Sarkozy dit vouloir " éradiquer la gangrène " des quartiers populaires et les " débarrasser de cette bande de racailles ". Ces expressions, tout le monde l'a bien compris, visaient les jeunes. Deux jours plus tard, un drame met le feu aux poudres : à Clichy-sous-Bois, Zyed Benna et Bouna Traoré meurent dans un transformateur électrique alors qu'ils étaient poursuivis par la police. Avant la justice, Nicolas Sarkozy donne des appréciations erronées sur le déroulement des faits. Des jeunes manifestent leur colère face à la mort de deux des leurs et répondent aux provocations du sommet de l'État en brûlant des voitures un peu partout dans le pays. Les banlieues s'embrasent. L'année 2005 fut un bon cru. Le mépris social à l'égard des nouvelles générations s'est déployé sans complexe. Des jeunes ont exprimé leur volonté d'être pris en considération, respectés et associés à la construction du devenir collectif. Par des formes traditionnelles d'interpellation ou par des actes plus violents, ils ont dit leur peur de l'avenir etleur aspiration à un autre destin social qu'être en stage non rémunéré dans une entreprise du CAC 40 ou en CDD chez McDo. À chaque fois, la réponse a pris la forme bien connue du " mange ta soupe et au lit ", que l'on croyait enfouie sous les pavés de 68 et disparue avec Dolto... La logique autoritaire a tenu lieu de réponse politique, la sanction a fait office de dialogue. Incompréhension et répression sont les deux mamelles d'un dialogue intergénérationnel fumeux. Ni les lycéens descendus dans la rue contre la réforme de l'éducation ni les jeunes des banlieues réagissant aux provocations d'un ministre n'ont été pris pour des interlocuteurs crédibles. Lors du référendum avec Jacques Chirac à la télévision, c'est à l'insu des organisateurs de l'émission que les jeunes se sont révélés acteurs du débat. Quel est donc ce pays qui n'a pas confiance dans sa jeunesse – ou plutôt ses jeunesses, puisqu'elle est évidemment très hétérogène ? Le 8 mars 2005, deux pans des nouvelles générations se sont rencontrés. Des jeunes de banlieue ont perturbé une manifestation lycéenne. L'échange fut violent, avecatteinte aux biens et aux personnes. Il reflétait l'humiliation subie par la " deuxième jeunesse ", à coups d'échecs scolaires, de ségrégations territoriales, d'exclusions sociales et de discriminations. Mettant en scène l'implacable mécanique d'inclusion et d'exclusion sociale, les vaincus du système s'en sont pris aux vainqueurs. La réalité est évidemment plus subtile, moins manichéenne – parmi les lycéens grévistes, figuraient sûrement quelques beurs fils d'ouvriers et peut-être qu'un brûleur de voitures intégrera l'ENA ou HEC. Mais la question des générations n'efface pas l'antagonisme de classes ni les inégalités fondées sur le genre ou l'origine, loin s'en faut. Pour autant, le regard social et la réponse politique apportée aux expressions de ces deux jeunesses, à leurs rêves, à leurs exigences, sont empreintes d'un même mépris. C'est bien toute une génération qui est affectée par ce que l'on pourrait appeler la disparition de l'avenir, fruit d'une société qui ne se projette plus. ,Note biographique Clémentine Autain, trente-deux ans, est adjointe au maire de Paris chargée de la jeunesse (app. PCF), codirectrice du mensuelRegardset cosecrétaire de la Fondation Copernic. Elle est l'auteure d'Alter égaux. Invitation au féminisme(Robert Laffont, 2001) et desDroits des femmes(Essentiels Milan, 2003).Mikaël Garnier-Lavalley, trente ans, est militant associatif et délégué national de l'ANACEJ (Association nationale de conseils d'enfants et de jeunes). Fondateur de Radio Campus Rennes en 1996 et membre de la commission " Jeunesse et Politiques publiques " du Commissariat général du Plan en 2000, il siège aujourd'hui au Forum européen de la jeunesse (plate-forme européenne des organisations de jeunesse). ,Présentation Puisque personne n'ose le dire à voix haute, Clémentine Autain et Mikaël Garnier-Lavalley décryptent pour vous le message ambiant : salauds de jeunes, il n'y a pas de place pour vous ! Retraçant le parcours du combattant mené par le jeune citoyen pour étudier et se loger à la fois, jonglant entre heures de cours et petits boulots incompatibles – usant d'inutiles moyens pour se faire entendre, errant de stages en CDD –, Clémentine Autain et Mikaël Garnier-Lavalley éclairent l'hypocrisie d'un système verrouillé où les bonnes places sont chasse gardée : car à l'heure où le jeunisme atteint son apogée, on continue à répandre la méfiance comme mot d'ordre à l'égard des jeunes. Qu'ils viennent de banlieue, ou d'ailleurs. Alors, malaise social ? ou prison organisée ? En tant que jeunes militants (Clémentine Autain est chargée de la jeunesse à la Mairie de Paris ; Mikaël Garnier-Lavalley siège au Forum européen de la jeunesse), les auteurs sont particulièrement bien placés pour aborder une question qui les concerne au premier chef. Dans leur travail quotidien, ils sont confrontés aux situations qu'ils exposent. Et si leurs propos sont nourris de documents, chiffres et analyses économiques, c'est avant tout leur implication personnelle qui donne le ton. Loin de s'en tenir au constat de cette exclusion, ils dissèquent ce qui peut s'apparenter à une volonté politique d'empêcher les jeunes d'avancer, dévoilant derrière la représentation dévalorisante que médias et politique tendent à donner de la jeunesse, un abîme dangereux entre générations. Comment s'affirmer sous le regard paternaliste et un peu méprisant d'aînés qui ne verront en vous leurs égaux qu'une fois l'indépendance acquise ? Indépendant, comment le devenir, quand l'État ne confère pas aux jeunes les moyens de s'émanciper ? Clémentine Autain et Mikaël Garnier-Lavalley travaillent depuis plus d'un an sur ce projet. Aujourd'hui d'une actualité brûlante, cet essai drôle et intelligent brasse les problèmes de l'éducation, des banlieues, du chômage, avec un enthousiasme non dénué d'ironie. Afficher moinsAfficher plus

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Sommaire 7 avril 2005, à Lille. La semelle épaisse d'une botte vient s'écraser sur le visage d'un jeune garçon. Une fois, deux fois, trois fois, elle imprime sa marque comme dans du beurre. Le garçon est un lycéen d'une quinzaine d'années en grève contre la loi Fillon, la botte appartient à un CRS à peine plus âgé. La scène, rapide et violente, fleure bon les coups de matraque de 1968 ou les voltigeurs de 1986. Elle se déroule devant les caméras qui font leur miel pour le JT. 14 avril, prime time sur France 2. Au cœur du débat sur la Constitution européenne, Jacques Chirac tente par tous les moyens de redorer la cote du " oui ". Sur les conseils de ses chargés de communication, il choisit de dialoguer en direct à la télévision avec un " panel de jeunes ". Contre toute attente, le président de la République est gravement mis en difficulté. Les jeunes exposent leurs inquiétudes sociales et économiques, le chef de l'État semble les découvrir et peine à donner le change... Un vrai dialogue de sourds. 25 octobre, à Argenteuil. Le ministre de l'Intérieur poursuit tranquillement sa politique répressive et teste à nouveau son " parler-vrai ". En visite dans la périphérie parisienne, Nicolas Sarkozy dit vouloir " éradiquer la gangrène " des quartiers populaires et les " débarrasser de cette bande de racailles ". Ces expressions, tout le monde l'a bien compris, visaient les jeunes. Deux jours plus tard, un drame met le feu aux poudres : à Clichy-sous-Bois, Zyed Benna et Bouna Traoré meurent dans un transformateur électrique alors qu'ils étaient poursuivis par la police. Avant la justice, Nicolas Sarkozy donne des appréciations erronées sur le déroulement des faits. Des jeunes manifestent leur colère face à la mort de deux des leurs et répondent aux provocations du sommet de l'État en brûlant des voitures un peu partout dans le pays. Les banlieues s'embrasent. L'année 2005 fut un bon cru. Le mépris social à l'égard des nouvelles générations s'est déployé sans complexe. Des jeunes ont exprimé leur volonté d'être pris en considération, respectés et associés à la construction du devenir collectif. Par des formes traditionnelles d'interpellation ou par des actes plus violents, ils ont dit leur peur de l'avenir etleur aspiration à un autre destin social qu'être en stage non rémunéré dans une entreprise du CAC 40 ou en CDD chez McDo. À chaque fois, la réponse a pris la forme bien connue du " mange ta soupe et au lit ", que l'on croyait enfouie sous les pavés de 68 et disparue avec Dolto... La logique autoritaire a tenu lieu de réponse politique, la sanction a fait office de dialogue. Incompréhension et répression sont les deux mamelles d'un dialogue intergénérationnel fumeux. Ni les lycéens descendus dans la rue contre la réforme de l'éducation ni les jeunes des banlieues réagissant aux provocations d'un ministre n'ont été pris pour des interlocuteurs crédibles. Lors du référendum avec Jacques Chirac à la télévision, c'est à l'insu des organisateurs de l'émission que les jeunes se sont révélés acteurs du débat. Quel est donc ce pays qui n'a pas confiance dans sa jeunesse – ou plutôt ses jeunesses, puisqu'elle est évidemment très hétérogène ? Le 8 mars 2005, deux pans des nouvelles générations se sont rencontrés. Des jeunes de banlieue ont perturbé une manifestation lycéenne. L'échange fut violent, avecatteinte aux biens et aux personnes. Il reflétait l'humiliation subie par la " deuxième jeunesse ", à coups d'échecs scolaires, de ségrégations territoriales, d'exclusions sociales et de discriminations. Mettant en scène l'implacable mécanique d'inclusion et d'exclusion sociale, les vaincus du système s'en sont pris aux vainqueurs. La réalité est évidemment plus subtile, moins manichéenne – parmi les lycéens grévistes, figuraient sûrement quelques beurs fils d'ouvriers et peut-être qu'un brûleur de voitures intégrera l'ENA ou HEC. Mais la question des générations n'efface pas l'antagonisme de classes ni les inégalités fondées sur le genre ou l'origine, loin s'en faut. Pour autant, le regard social et la réponse politique apportée aux expressions de ces deux jeunesses, à leurs rêves, à leurs exigences, sont empreintes d'un même mépris. C'est bien toute une génération qui est affectée par ce que l'on pourrait appeler la disparition de l'avenir, fruit d'une société qui ne se projette plus. ,Note biographique Clémentine Autain, trente-deux ans, est adjointe au maire de Paris chargée de la jeunesse (app. PCF), codirectrice du mensuelRegardset cosecrétaire de la Fondation Copernic. Elle est l'auteure d'Alter égaux. Invitation au féminisme(Robert Laffont, 2001) et desDroits des femmes(Essentiels Milan, 2003).Mikaël Garnier-Lavalley, trente ans, est militant associatif et délégué national de l'ANACEJ (Association nationale de conseils d'enfants et de jeunes). Fondateur de Radio Campus Rennes en 1996 et membre de la commission " Jeunesse et Politiques publiques " du Commissariat général du Plan en 2000, il siège aujourd'hui au Forum européen de la jeunesse (plate-forme européenne des organisations de jeunesse). ,Présentation Puisque personne n'ose le dire à voix haute, Clémentine Autain et Mikaël Garnier-Lavalley décryptent pour vous le message ambiant : salauds de jeunes, il n'y a pas de place pour vous ! Retraçant le parcours du combattant mené par le jeune citoyen pour étudier et se loger à la fois, jonglant entre heures de cours et petits boulots incompatibles – usant d'inutiles moyens pour se faire entendre, errant de stages en CDD –, Clémentine Autain et Mikaël Garnier-Lavalley éclairent l'hypocrisie d'un système verrouillé où les bonnes places sont chasse gardée : car à l'heure où le jeunisme atteint son apogée, on continue à répandre la méfiance comme mot d'ordre à l'égard des jeunes. Qu'ils viennent de banlieue, ou d'ailleurs. Alors, malaise social ? ou prison organisée ? En tant que jeunes militants (Clémentine Autain est chargée de la jeunesse à la Mairie de Paris ; Mikaël Garnier-Lavalley siège au Forum européen de la jeunesse), les auteurs sont particulièrement bien placés pour aborder une question qui les concerne au premier chef. Dans leur travail quotidien, ils sont confrontés aux situations qu'ils exposent. Et si leurs propos sont nourris de documents, chiffres et analyses économiques, c'est avant tout leur implication personnelle qui donne le ton. Loin de s'en tenir au constat de cette exclusion, ils dissèquent ce qui peut s'apparenter à une volonté politique d'empêcher les jeunes d'avancer, dévoilant derrière la représentation dévalorisante que médias et politique tendent à donner de la jeunesse, un abîme dangereux entre générations. Comment s'affirmer sous le regard paternaliste et un peu méprisant d'aînés qui ne verront en vous leurs égaux qu'une fois l'indépendance acquise ? Indépendant, comment le devenir, quand l'État ne confère pas aux jeunes les moyens de s'émanciper ? Clémentine Autain et Mikaël Garnier-Lavalley travaillent depuis plus d'un an sur ce projet. Aujourd'hui d'une actualité brûlante, cet essai drôle et intelligent brasse les problèmes de l'éducation, des banlieues, du chômage, avec un enthousiasme non dénué d'ironie. Afficher moinsAfficher plus

Détails du livre

Titre complet
Salauds de jeunes
Format
Broché
Publication
20 avril 2006
Auteur
Garnier-Lavalley, Mikaël
Audience
Adulte - Grand Public
Pages
144
Taille
21.7 x 13.7 x 1.3 cm
Poids
176
ISBN-13
9782221107065

Auteur

Livré entre : 5 juillet - 8 juillet
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